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TU NE PORTERAS PAS LA MAIN

Quinze jours d’activisme contre les violences de genre. Au Burundi, la société toute entière dit « non ». Agir sans plus attendre.

Il y a la guerre, mais pas seulement. Dans la région des Grands lacs, la violence aux femmes ne se limite plus aux groupes armés. Depuis son arrivée sur le terrain en 2011, la coopération suisse consacre une part importante de son soutien à des situations quotidiennes. Elle a ainsi reçu quelques 60 000 femmes dont plus de 12 500 avaient subi des viols, jusque dans le cadre familial.

En 2018, à peine 120 femmes ont pu bénéficier d’aides judiciaires.

Le Burundi est l’un des trois pays où elle intervient (avec la RDC et le Rwanda). Plusieurs partenaires locaux l’accompagnent, dont le centre Seruka et l’association des Femmes juristes du Burundi (AFJB). Membre de cette dernière, Alphonsine Bigirimana donne des chiffres : « « Il faut un travail de conscientisation au niveau de la communauté et des familles, » explique une intervenante » Ce qui était un drame de guerre devient un véritable problème sociétal. La violence se banalise et les acteurs cherchent des solutions.

Quand on l’interroge, Aziza-Aziz Suleyman, coordinatrice de ce programme pour la coopération suisse part d’un premier constat. Soutenir ces femmes, c’est déjà les aider en entrer dans leur droit. Et pour cela, il faut des lois fortes et efficaces. « La procédure doit être spéciale et accélérée. (…) Plus c’est long, plus c’est cher, et plus la victime est éprouvée psychologiquement. » Une loi qui soit répressive, rapidement appliquée donc dissuasive, mais aussi connue de tous. Les acteurs les regrettent. Certains dispositifs demeurent ignorés et à peine 120 femmes (2018) avaient bénéficié d’aides judiciaires.

« Il faut un travail de conscientisation au niveau de la communauté et des familles, » une intervenante.

Hommes ou femmes, même droit à la dignité.
En décembre dernier, le Burundi a mis en place quinze jours de sensibilisation à cette lutte contre la violence. Les Nations Unies y étaient associées, l’Union européenne et le ministère des Affaires sociales aussi. Le représentant de celles-ci, Martin Nivyabandi, a notamment pointé du doigt les préjugés ancestraux sur l’inégalité des sexes. « Il faut un travail de conscientisation au niveau de la communauté et des familles, » explique une intervenante lors d’un atelier. Et ne plus entendre, comme le relatait cet officier de police, un homme se défendre de son innocence en affirmant: « un homme fort est un homme qui bat sa femme. »Pour Aziza-Aziz Suleyman, les hommes peuvent donc jouer un rôle essentiel. En propageant d’autres messages, mais aussi en montrant qu’ils peuvent aussi être victimes. “ On peut affirmer que 30% des personnes bénéficiant d’un soutien de la part du programme sont des hommes.” Le dire n’est pas un aveu de faiblesse, mais un droit à la dignité.

Roger Calmé
Photo DR

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