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SANS ZONE D’OMBRE

Parce qu’il faut en parler. Sur Radio Democracy, Asmaa James est une voix nécessaire. Depuis dix-huit ans, la journaliste sierra-léonaise se bat et informe. Il s’agit des droits humains, de l’éducation, de la violence. Focus.

261119 SIERRA LEONE -  Asmaa James - journalist and leader of the Black Tuesday movement that mobilized people against GBV in the country. Good interview. Photos. "The voice of the people is crucial in this matter. You can't hide sexual [abuse]. My phone is ringing off he hook with people calling to report cases. People are more aware now of assault and abuse."   Photo by Josh Estey/CARE

Il y a quelques semaines, quand la BBC l’a reconnue parmi les cent femmes les plus influentes de la planète, Asmaa James a manifesté son plaisir. Comment en serait-il autrement ? Depuis 18 ans, elle anime Radio Democracy 98.1. Dix-huit années d’un voyage obstiné, à mettre en lumière les réalités les moins visibles, les situations dont personne ne parle. A Freetown, capitale de la Sierra Leone, la station a acquis une véritable crédibilité. Et pas seulement parce qu’une femme est à sa tête. Elle le résume ainsi : « Je veux me considérer chanceuse de faire partie des rares femmes journalistes qui ont atteint le niveau de prise de décision pour prendre des décisions éditoriales. » C’est ce dernier mot sur lequel elle a bâti sa carrière. Décision éditoriale. Quand la société se tait, mettre des mots et de la lumière.

Décision éditoriale. Quand la société se tait, mettre des mots et de la lumière.

En août dernier, la violence sexuelle faisait une fois encore la une de l’actualité nationale. Dans son édition matinale « Good Morning Sierra Leone », elle parle de cette enfant de cinq ans, « Angela » qui vient de subir le martyr. La victime porte des blessures gravissimes. L’urgence ? L’évacuer vers l’Inde et trouver les 10 000 dollars nécessaires à l’opération. Ce sera fait le 5 août. Depuis, l’association Asmaa James ne relâche pas sa mobilisation. En décembre 2018 déjà, le mouvement « Black Thuesday » encourageait les femmes à s’habiller en noir et dénoncer les crimes sexuels. Les politiques ont fini par prêter attention.

Drogue, exclusions des écolières enceintes… Un engagement quotidien.

Informer donc, et agir en même temps. Au lendemain de l’épidémie d’Ebola, Asmaa James finalise l’ouverture de sa fondation. « Pour beaucoup de jeunes femmes, la très grande majorité, se posent les mêmes problèmes de santé, d’éducation, du manque de formations ciblées qui leur permettraient de prendre pied dans la société, » explique-t-elle. La Fondation a donc mis en place trois programmes qui visent à améliorer leur quotidien. Des formations et des bourses sont lancées, de l’accompagnement, de l’information à la santé reproductive… Et pour que ça se sache, Asmaa utilise les médias. Un domaine qu’elle maîtrise.

Ancienne vice-présidente de la Sierra Leone Reporters Union et présidente de Women in the Media Sierra Leone (WIMSAL), elle a été distinguée comme la meilleure journaliste du pays en 2014. Un statut qui met un peu plus de poids dans ses actions.En 2010, Radio Democracy a failli fermer et Asmaa James est encore montée au créneau. Autour d’elle, une équipe soudée, une conviction partagée, rédactionnelle et sociétale. Ce matin, sur sa fréquence, on parle de drogue. Ça s’appelle le « caramel écossais ». Et c’est un vrai désastre. Hier, il s’agissait des grossesses précoces et de la décision de la CEDEAO de condamner l’exclusion des écolières enceintes. Des faits d’actualité, des raisons de s’engager.

http://asmaajames.com/
Roger Calmé
Photo DR

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