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Salma Hayek : « l’industrie du cinéma n’a pas su tirer profit de la puissance économique de la femme » – Women in Motion – Festival de Cannes

Lancé en mai 2015 par Kering (groupe mondial de luxe), le programme Women in Motion a pour ambition de mettre en lumière tout au long du Festival de Cannes, la contribution de la femme dans l‘industrie cinématographique, devant ou derrière la caméra.
Pour cette troisième édition, les talks « Women in Motion » ont accueilli plusieurs personnalités dont les actrices Robin Wright (House of Cards), Isabelle Huppert qui a reçu le prix Women in Motion 2017 ou encore Diane Kruger. Lors du troisième talk Women in Motion ce mardi 23 mai, dans l’une des suites de l’Hôtel Majestic, c’est l’actrice engagée, Salma Hayek, qui a abordé la place de la femme dans la société et le cinéma. A ses côtés Kaouther Ben Hania, la réalisatrice tunisienne de La Belle et la Meute, sélectionné dans « Un certain regard » et le réalisateur Costa-Gravas (Palme d’Or pour Missing en 1982) qui, depuis quelques années, ne travaille qu’avec des équipes composées de femmes.
 
La nature des violences à l’encontre des femmes cinéastes
Salma Hayek : Il existe un problème majeur qui existe depuis longtemps, c’est celui d’accepter le sexisme comme quelque chose de normal. La violence envers les femmes cinéastes se manifeste de différentes manières qui ne sont pas toujours visibles. Les salaires des femmes restent inférieurs à ceux des hommes alors que parfois elles sont plus qualifiées, et on croit que c’est normal. Depuis quelques années, on commence à en parler et mettre en lumière ces inégalités.
Sa propre expérience en tant que femme arabo-mexicaine dans l’industrie cinématographique
J’ai toujours été militante pour les droits des femmes, j’étais moi-même confrontée à ces inégalités et ce, depuis le début de ma carrière. Quand j’ai commencé, j’étais la seule femme d’origine arabo mexicaine à Hollywood, ce qui m’a valu beaucoup de moqueries au Mexique, ne serait-ce que pour imaginer vouloir percer à Hollywood.
Dans le cinéma, il faut être jolie pour avoir un rôle mais le plus violent c’est le message implicite qui consiste à dire que si on est jolie, on est forcément stupide. Ce qui est encore plus dur c’est quand les hommes se rendent compte que la femme, en plus d’être jolie, est intelligente « Le singe est beau, mais à partir du moment où il sait compter, il faut le tuer ». Dans toute l’histoire du Festival de Cannes, il n’y a qu’une seule femme qui a remporté la Palme d’Or (Jane Campion) et elle a dû la partager (avec Chen Kaige et son Adieu ma concubine). Il y a seulement 7% de films aux Etats-Unis qui sont réalisés par des femmes.
L’ignorance est un fléau dans l’industrie du cinéma. Hollywood c’est avant tout un business et les exécutives ne se rendent pas compte de la puissance économique des femmes.
Aujourd’hui, nous sommes indépendantes, nous travaillons, nous sommes les plus grandes consommatrices au monde. L’industrie du cinéma n’a pas su tirer profit de cela.
 
A propos du film « La Belle et la meute » de Kaouther Ben Hania, sélectionné dans la catégorie « Un certain regard » qui traite d’un viol en Tunisie.
Le viol reste un sujet tabou, c’est encore dur pour les victimes de s’exprimer sur ce qu’elles ont enduré. Le courage de cette femme tunisienne est exceptionnel (« La Belle et la meute » est inspiré d’une histoire vraie). Les femmes sont parfois violées par leurs propres maris, n’ayant pas de séquelle physique, elles n’ont aucun recours devant la justice.
Je me rappelle quand je travaillais avec des prostitués en Amérique Latine, nous avons fait une grande campagne de sensibilisation sur le sida. Nous avions demandé aux femmes d’inciter les hommes à utiliser un préservatif. Ca a été un véritable succès, même de la part des drogués, sauf pour la police qui continuait à les violer sans se protéger.
 
La situation aujourd’hui de la femme dans la société
D’une part, nous sommes plus proactifs, plus conscients mais paradoxalement,  les gens ont voté pour Donald Trump, qui se revendique lui-même sexiste. Les tabous sur le racisme, le sexisme sont levés, on en parle aujourd’hui, et cette divergence d’opinions permet de se rendre compte de ce qui se passe vraiment. Identifier les problèmes c’est positif, cela permet de faire évoluer les mentalités.
 
Le rôle de la fondation Kering pour améliorer la condition de la femme
(François-Henri Pinault, mari de Salma Hayet, est le directeur général de Kering)
Cette année, la fondation fête ses dix ans. Nous nous concentrons sur des actions de lutte contre les violences à l’encontre des femmes en s’appuyant sur quatre volets :
– Le soutien d’organisations locales qui combattent les violences à l’encontre des femmes.
– L’apport d’installations à travers le monde pour encourager l’entreprenariat féminin.
– Des campagnes de sensibilisation comme « Ruban Blanc » qui a touché 1 milliard de personnes dans le monde.
– Impliquer plus de personnes à la cause des femmes.
 
A propos de la polémique des deux films Netflix sélectionnés en compétition officielle qui ne sortiront pas en salles
Aller au cinéma, c’est une expérience unique, on rentre dans une salle sombre, on se réunit avec des inconnus pour découvrir le même film.
Le sentiment de communauté est important pour préserver notre humanité. Cependant, les choses évoluent et on ne peut pas fermer les yeux. Je comprends les deux avis (ceux qui dénoncent la projection de ces films pendant le Festival de Cannes alors qu’ils ne sortiront pas en salles et les pros-netflix, plateforme démocratisant l’accès aux films). L’industrie est confrontée à cette réalité, il faut que nous continuions à nous battre pour que ce magnifique rituel qui consiste à aller au cinéma, ne s’arrête pas. Je pense que nous devons utiliser toute la nouvelle technologie pour rendre cette expérience plus forte, la faire évoluer sans qu’elle perde sa forme. A mon sens, il faut continuer à créer quelque chose d’explosif pour attirer le public dans les salles, une expérience qu’on ne connaîtrait pas en restant chez soi.
 
Le message de Salma Hayek après l’attentat de Manchester (22 morts et 59 blessés)
Malheureusement, je n’ai aucun message, je ne sais pas faire semblant, je suis vraiment touchée émotionnellement. Je pensais que le Royaume Uni était à l’abri du terrorisme. Ariana Grande est la chanteuse préférée de ma fille, si le concert avait eu lieu à Londres, elle aurait été présente. Je n’ai pas dormi de la nuit quand l’attentat a eu lieu.
 
Par Maya Meddeb
 
 
 
 
 
 

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Written by Roger Calmé

Cindy Fabre, Miss France 2005, une habituée du Festival de Cannes !

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