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QUAND LE VENT TOURNE…

Elle pense l’agriculture différemment. Biologique, solidaire et plus valorisante pour les femmes. Judith Bakirya ne se contente pas d’être une femme d’affaires. Il y a des lendemains à dessiner. D’autres couleurs à trouver.

Son sourire ne trompe pas. C’est ici que Judith Bakirya se sent bien. Les mains dans la terre, les bras vers ses arbres. En Ouganda, 80% des femmes travaillent dans l’agriculture, et pourtant, « la profession reste méprisée. Je veux changer cela. J’adore me présenter comme agricultrice », dit-elle en riant. « Même me lever à 4 heures du matin n’est pas une corvée si le jardin m’attend ».

A 47 ans, pour rien au monde, la propriétaire de Busaino Fruits & Herbs ne reviendrait en ville. En octobre dernier, la BBC l’a distinguée par les 100 femmes les plus influentes au monde. Sa ferme est un exemple de culture responsable. Sur plus de 450 hectares, elle augure l’agriculture de demain, éthique et productive.Pourtant rien ne la prédisposait à ça. Comme ses amies, elle aurait pu suivre une carrière politique, diplomatique, financière… Etudes brillantes, maîtrise en santé et développement, elle a d’ailleurs commencé par travailler dans une ONG. Puis un jour, elle plaque tout et reprend le chemin de sa région d’origine. « Je savais que l’agriculture était mon avenir. En plus de mes économies, j’ai obtenu un prêt d’épargne et de crédit, et Busaino Fruits & Trees. a vu le jour. » L’expérience débuté ainsi… à partir de ses souvenirs d’enfance, et du bonheur dont elle se rappelait.

Des solutions solidaires, des prêts à taux réduit, un accès qui inclue les femmes.

En 2016, Busaino Fruits & Trees fait un chiffre d’annuel de 90 000 dollars US grâce à la vente d’herbes, de fruits frais et de plants. L’entreprise s’est également diversifiée dans l’agrotourisme et de l’éducation. Elle collabore avec les petits exploitants locaux pour améliorer leurs méthodes agricoles. Enfin, et c’est certainement le volet central, elle s’occupe de privilégier le financement participatif. Des solutions solidaires, des prêts à taux réduit, un accès qui inclue les femmes. Le succès n’a cessé de se confirmer.

En 2014, Judith Bakirya obtient un prix national pour ses solutions innovantes. « J’étais la vedette de tous les médias, j’ai même fait un voyage aux Pays-Bas. En fait, je suis devenue une célébrité et cette visibilité m’a permis d’aborder des sujets dont on parle peu, comme le statut des femmes, la difficulté d’acquérir de la terre, d’accéder à l’éducation et de subir la violence domestique. »

Réussir dans l’agriculture, mais aussi dans les affaires.
Le succès de la ferme, les perspectives qu’elle ouvre pour la formation, ont donc permis d’élargir sensiblement le propos. Judith Bakirya l’explique dans un entretien avec la BBC. Elle disait se souvenir des sacrifices de sa mère et de la force que l’éducation pouvait représenter. « J’encourage d’autres femmes à réussir dans l’agriculture mais aussi dans les affaires. Les femmes sont un avenir pour le développement de l’Ouganda et de l’Afrique en général. »

« J’encourage d’autres femmes à réussir dans l’agriculture mais aussi dans les affaires. Les femmes sont un avenir pour le développement de l’Ouganda

Elle voudrait donc plus s’investir dans la formation, accompagner des jeunes agricultrices vers des emplois qualifiés. « En tant que femmes, nous avons la responsabilité de soutenir et de mobiliser ceux qui nous suivent. »Tout est là. Les plans sont dessinés. Mais il faut encore trouver les financements. Malgré son succès et la pertinence du parcours, Judith Bakirya peine toujours à convaincre les banques. Petit haussement d’épaule et ce sourire encore. Il y a une phrase qu’elle aime : « Si vous croyez en ce que vous faites, restez déterminé et persévérez. On ne sait jamais quand la marée tourne et en effet elle tourne ! »

Roger Calmé
Photo DR

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Written by Roger Calmé

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