in ,

QUAND LE SOMMEIL VIENT

Syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (« SAHS »). Sous cette appellation, se cache un trouble respiratoire méconnu en Afrique. Recherches quasi inexistantes, absence de matériel, et surtout une formation déficiente des médecins. La Dr Fatoumata Ba a décidé de s’y consacrer.

C’était en novembre dernier à Dakar. Certainement, le premier coup de projecteur que Fatoumata Ba reçoit. Jusque-là ses recherches sont restées rdiscrètes. C’est un domaine très peu exploré en Afrique que celui du sommeil. Pourtant le syndrome qu’elle étudie est à l’origine de pathologies majeures. En simplifiant à l’extrême, il s’agit d’une obstruction des voies respiratoires supérieures qui provoque un ralentissement du flux (hypopnée) ou un arrêt de la respiration (apnée). Seulement, si ses causes sont connues (obésité entre autre), ce syndrome (SAHS) ne fait l’objet d’aucun dépistage.

Quasiment impossible à diagnostiquer
Si la Fondation L’Oréal et l’Unesco l’ont distinguée cette année 2019, la raison tient déjà à l’intérêt de son travail, et la grande obstination qu’elle a témoignée. « Les études sur le sommeil sont très récentes et peu approfondies, faute d’équipements adéquats », explique la jeune chercheuse. « Pourtant cette pathologie est fréquente et entraîne des complications telles que l’obésité, l’hypertension et le diabète. Mais les professionnels de la santé ne la connaissent souvent pas et ne disposent pas d’équipement pour le diagnostic. »

Cette pathologie est fréquente et entraîne des complications telles que l’obésité, l’hypertension et le diabète.

En 2011, elle rejoint donc l’équipe du professeur Lamine Gueye, à l’université Gaston-Berger (UGB) de Saint-Louis. Et c’est là que ses dispositions étonnent. Son directeur de recherche évoque « l’engagement et l’abnégation », le sérieux et la prudence dans ses résultats. Cette patience est la marque d’un véritable esprit scientifique. Il lui faut neuf ans pour aboutir sa thèse.

« Le Sénégal m’a beaucoup donné, je dois le lui rendre »
Dans un pays où seulement 8 % des laboratoires de recherche sont dirigés par des femmes, la trajectoire est exemplaire. Mais elle demande aussi des sacrifices. C’est une question qu’elle n’écarte pas, mais en la relativisant. « La réussite dans le travail demande des sacrifices, de lourds sacrifices. Mais quand on a eu la chance d’être maintenue à l’école toutes ces années, il faut continuer le plus possible. » Il est arrivé qu’on lui reproche d’être une mauvaise mère, disait-elle (*) au moment de la remise du prix L’Oréal. Notamment pendant la poursuite de ses études en Europe. La docteure Ba préfère évoquer les possibles avancées dont son travail a pu bénéficier.

Pour clin d’œil, avant de se diriger vers la médecine et la psychiatrie, Fatoumata voulait être… pilote d’avion dans l’armée. Elle a intégré la faculté de médecine, est devenue cheffe de service en psychiatrie, et aboutit aujourd’hui ce travail référence. Mais cette quadragénaire est une boulimique. Elle s’intéresse désormais à la flore intestinale, un projet d’études lié au microbiote. Et pas question de conduire cette recherche ailleurs qu’en Afrique. « Il faut pousser les recherches ici, car les grandes recherches font les grandes universités. Le Sénégal a investi sur moi, il m’a beaucoup donné, je dois le lui rendre. »

Roger Calmé
Photo DR

Facebook Comments

Vous aimez cet article ?

0 points
Upvote Downvote

PAS ASSEZ D’ETUDES SUR LA REGION DE BANGUI

BELLE COMME UN CAMION