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NOCES BARBARES

Peu de raisons d’être optimiste. D’ici à 2030, elles seront plus de 130 millions de petites filles et d’adolescentes mariées de force. Des chiffres particulièrement alarmants en Afrique subsaharienne. Pour ces enfants, les associations et certaines autorités se battent. Mais l’inertie demeure. Complice du crime.

Ce sont les mêmes visages, la même expression dans les regards. Au Sénégal, au Niger et au Mali, comme en Inde ou au Bangladesh. Les chiffres donnés par l’Unicef, lors de la dernière Conférence internationale sur la population et le développement, livrent chaque année le même constat. En 2018, douze millions de mineures ont été mariées de force. Et l’on estime que 130 millions le seront avant 2030. Des gamines de douze ans, parfois moins, que l’on vend à des hommes de 40 ou 50 ans. La plupart des pays ont instauré des lois interdisant ces pratiques. Mais la loi se contourne. Les juges s’achètent.Lors de la dernière Conférence internationale sur la population et le développement, tenu à Nairobi (12 au 14 novembre), les instances ont particulièrement mis en lumière la situation en Asie du sud et en Afrique subsaharienne. Le continent africain reste d’ailleurs principalement touché. « Actuellement, les taux de mariages d’enfants restent très élevés notamment au Niger où 76% des filles ont été mariées avant l’âge de 18 ans et 28% avant l’âge de 15 ans, » relève cette responsable de l’Unicef. « Même cas au Mali où la prévalence de mariages précoces (MP) est de 61%. » Certains pays en ont pris conscience, mais les autorités locales demeurent souvent indifférentes au problème. Directrice de l’association « Girls not Brides » (Filles, pas épouses), Lakshmi Sundaram déplore que les plans d’action, la sensibilisation des familles, et même le soutien des autorités centrales demeurent sans effet.

En 2018, douze millions de mineures ont été mariées de force. Et l’on estime que 130 millions le seront avant 2030.

Des vies fracassées, une absence totale de perspectives.
Même si ces campagnes d’information sont essentielles, L’Unicef reconnait leur portée limitée. On continue dans les campagnes à marier des enfants. Pour eux, ce sera la fin de l’école et souvent la réclusion. Le mariage est également synonyme de grossesses précoces, avec des risques sanitaires accrus. « L’impact sur la santé physique est évident, mais il faut aussi parler de santé mentale. Ces enfants vont vivre désormais sans lien avec le monde. Les cas de dépression se multiplient, avec parfois des cas de suicide.»

Les associations ont donc un rôle important à jouer. C’est le cas de Mahali Pa Usalama, un centre de secours catholique pour enfants, dans un quartier populaire de Mombassa (Kenya). Parfois ils sont une trentaine d’enfants à venir dans ces murs. Âgés de 5 à 17 ans, souvent des adolescentes, victimes d’abus sexuels. Le même cas à Kolda (Sénégal), où d’autres jeunes filles informent. Des filles qui ont le même âge, qui suivent des études, des ados qui ont encore un avenir. Aujourd’hui certaines familles s’opposent, des associations se mobilisent et des enfants refusent. « Lorsqu’elles apprennent que d’autres se sont mariées plus tard et ont étudié, elles comprennent qu’une autre réalité est possible. »

Roger Calmé
Photo DR

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