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Le hip-hop créole signé par EDS. : un vrai "Exercice de style" !

Vous avez dit hip-hop créole ? Nous vous invitons à entrer dans l’univers d’EDS.. Cet artiste d’origine martiniquaise nous offre un rap novateur, bien à lui, qui puise son inspiration dans ses racines caribéennes. Guidé avant tout par l’authenticité et le besoin de s’exprimer, l’auteur-interprète de 34 ans n’hésite pas à s’essayer au jeu de la technique vocale tout en proposant des textes riches en sens et en rimes. En témoigne son dernier clip, « Exercice de style », titre éponyme de son EP, dont le nom parle de lui-même.  Interview avec ce jeune artiste prometteur à suivre de près. 

 

 
Ta spécialité : le hip-hop créole. Comment décrirais-tu ce style ?
C’est le hiphop qu’on produit dans les pays créolophones, comme Haïti, la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, etc. Pour celui que je connais, de Martinique et de Guadeloupe, ce sont une histoire, des référents, une construction et des pratiques propres, sans connexion réelle avec le hip-hop français. En 2016, on parle de beaucoup de choses différentes quand on dit hip-hop : une industrie, un « jeu » virtuel, des postures… Il n’y a pas qu’un hip-hop créole aujourd’hui, mais quand j’en parle, c’est celui qui s’enracine dans la Caraïbe dans tous ses aspects, et ne cherche pas à suivre les tendances.
Ton art est-il avant tout une façon de militer ou  un exutoire ?
Il ne faut pas grand chose pour donner l’impression de militer aujourd’hui.. Je pense que la musique doit dire quelque chose, et ce quelque chose n’a pas besoin d’être une revendication très profonde, juste de sonner vrai. Par contre, c’est vrai qu’être soi-même devient une revendication lorsqu’en face on aime ignorer les particularismes… C’est le sens de ma musique. Si je prends un titre comme « De Fils en Père » sur mon EP, pour moi je chante avant tout le point de départ d’un peuple, à qui il manquait peut-être ce chant…
Il y a aussi en effet un côté libération quand on arrive à mettre en forme ce qu’on ressent comme on l’avait imaginé.
Tu es arrivé en métropole à l’âge de 18 ans. Comment vis-tu Paris ?
De façon assez banale je pense.. Comme beaucoup d’Antillais, je savais déjà très jeune que je partirais en France pour mes études. Je considère toujours que je suis de passage, même si j’y aurai bientôt passé autant de temps qu’en Martinique. C’est sûrement le cas de milliers de personnes qui habitent de grandes villes sans en être originaires. Chacun le vit différemment, moi la musique, les concerts, ont longtemps compensé la distance et le climat. C’est moins le cas aujourd’hui…
Mon éloignement a beaucoup conditionné ma musique et mes réflexions, c’est sûr. On découvre beaucoup de chez soi quand on s’en éloigne, même si je me garde de commenter ce que je ne vis plus sur place. Il y a aussi le rapport à la France, qui prend de la place dans les préoccupations. C’est ici qu’on a pu développer des choses intéressantes avec mon groupe Sked Skwad notamment sur scène, les Ateliers Laché Chivé aussi.. Et demain si je rentre vivre aux Antilles, ma musique s’en ressentira certainement.
Tu viens de sortir ton clip « Exercice de style », titre éponyme de ton dernier album. Comment a été conçu le clip ? Quel a été le choix artistique ?
Tout mon EP « Exercice de Style » est basé sur un certain minimalisme, une simplicité et une volonté d’aller à l’essentiel. Le morceau « Exercice de Style » est particulièrement dépouillé, sans beat, juste guitare et basse, et dans le clip je plante une chaise dans plusieurs décors pour développer mon texte, pendant qu’une animation reconstitue en dessin la cover du EP, qui reflète l’état d’esprit décrit dans le morceau. C’est aussi l’occasion d’emmener les gens en Martinique, ce que je n’avais pas pu faire dans les deux premiers visuels du projet, « Massive » et « Pawòl ».
Ce titre repose avant tout sur la technique vocale. Qu’est-ce qui le distingue des autres titres de ton album ? 
Il s’agit d’une composition de Dan Amozig où je voulais laisser de la place au texte, pour mieux comprendre l’esprit général du EP. Les autres morceaux sont basés sur des beats samplés avec toujours une touche caribéenne, et des clins d’oeil de percussions encore discrets par rapport à ce que sera l’album… C’est aussi le seul morceau sans refrain.
C’est ma profession de foi. C’est mon état d’esprit vis à vis du rap, de la musique. C’est la raison pour laquelle je fais cette tête sur la pochette. « Même sans succès d’estime, je persiste et signe ». C’est toute la dévotion que j’ai pour cet art, et la lucidité de comprendre où je m’y situe, sans attente folle. C’est l’évidence d’avoir son propre style, alors même que l’imitation est devenue valable. Je te parlais du hiphop créole. Je lui dois tout, mais aujourd’hui il ne subsiste que dans les créations des artistes qui perpétuent cet état d’esprit. C’est un phare qui oriente la création, mais ça n’est plus une fin en soi.
En même temps, il y a un clin d’oeil à l’obsession technique que j’ai pu connaître en découvrant le rap, et la conviction que la technique ne sert que si elle est au service de l’émotion. Le style pour le style, ou le style au service du propos. C’est pareil pour un musicien, il y a un équilibre à trouver où justement tu maîtrises ton instrument, et lui fais dire ce que tu as envie de dire. C’est entre autres le sens du titre « exercice de style ».
Tu entames désormais ta carrière solo. Quels sont tes objectifs ?
« Je m’exerce avant l’album… ». Mon objectif c’est l’album que je prépare : pouvoir dire ces choses que je n’entends pas, poursuivre le travail entamé sur scène avec mes musiciens. Essayer d’utiliser tout ce bagage pour faire une proposition musicale neuve, au-delà du rap, et toucher cette nouvelle personne qui n’est pas sensible à ce dont je parle… C’est le plus dur.
 
Page Facebook de l’artiste : https://www.facebook.com/EDSmusiq/?fref=ts
 
Par Céline Bernath

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