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LA SOLUTION EXISTE

A portée de main. C’est-à-dire, à peine franchi la porte de son laboratoire, dans ces forêts, dans ces savanes, parmi cette multitude de plantes que l’on utilise depuis toujours. En mars dernier, L’Oréal remettait à la chercheuse ghanéenne Priscilla Kolibea Mante, l’une de ses bourses annuelles.

Depuis une vingtaine d’années, la fondation organise conjointement avec l’Unesco un prix destiné à encourager le travail des femmes scientifiques. L’Oréal-UNESCO « Pour les Femmes et la Science » a ainsi accompagné et mis en lumière 3 100 femmes dans le monde. « Soutenir la place des femmes dans la recherche, c’est bien sûr combattre pour plus d’égalité. C’est aussi se donner toutes les chances d’une innovation scientifique bénéfique à tous, » résume Alexandra Palt, directrice de la Fondation. Docteur en pharmacologie à l’âge de 26 ans, la professeure Mante s’inscrit dans cette logique. Des recherches de pointe et une application directe et locale.L’essentiel de son travail porte aujourd’hui sur les troubles du système nerveux central. Plus précisément, elle s’intéresse à l’épilepsie, qui reste l’une des quatre maladies nerveuses les plus répandues… et dont on peine toujours à cibler les traitements. D’où son intérêt pour des composants utilisés dans les médecines locales. L’une des plantes auxquelles elle s’intéresse, est la cryptolepis, communément appelée kadze ou gangamau, qui pousse dans les forêts ghanéennes. La médecine traditionnelle l’utilise encore largement. Efficace et économiquement abordable.

La médecine traditionnelle utilise encore largement le gangamau. Efficace et économiquement abordable.

En concurrence direct avec des hommes…
Au-delà de l’intérêt que cette recherche représente, elle démontre aussi l’importance que les femmes peuvent tenir dans ces travaux novateurs. Francine Ntoumi (paludisme) en est un bon exemple, ou encore Tebello Nyokong (cancer). Et toutes relèvent cette regrettable disparité entre hommes et femmes au sein des équipes de recherche. Lors de la remise de son prix, Priscilla Kolibea Mante le soulignait également.« En tant que femme scientifique, on vous estime peu, vous êtes payée au rabais et mise dans une case qui doit déterminer votre comportement. Vous risquez d’être confrontée à des résistances. On vous dit que vous êtes trop agressive, trop ambitieuse et que vous n’êtes pas à la hauteur des rôles traditionnels d’une femme », déplore-t-elle.

D’où l’importance du soutien. « Ma famille a été un facilitateur. J’avais des parents et un oncle maternel qui m’encourageaient à réussir ». De même, elle mentionne toujours l’importance de son directeur de thèse. « Il a pu voir plus loin que moi en tant que femme et m’a placée en compétition avec les hommes. Il n’a jamais douté de ma capacité à gravir les échelons. » Maitre de conférences à l’Université des sciences et technologies Kwame Nkrumah de Kumasi (Ghana), la jeune femme voulait à l’origine… travailler à la Banque mondiale (!). Puis elle a réussi un test de chimie.

Roger Calmé
Photo DR

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