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Just J. : l’étoile montante de la scène musicale canadienne

Credits Youcef Arbaoui

D’origines jamaïcaine et canadienne, pour le montréalais Just J, tous les chemins mènent à l’art. Privé de son père des suites de violences policières à un très jeune âge, Just J. négocie depuis la musique, la poésie et l’art comme processus de guérison. Donner le pouvoir aux gens d’être ce qu’ils souhaitent à l’état brut et de vivre leur vérité comme ils l’entendent sont ses maître-mots. À l’occasion de la sortie de son tout premier single « Nobody Has To Know« , Just J. partage avec nous sa vision de la musique et sa perception de ce qu’il se passe dans le monde.

Comment en êtes-vous venu à la musique?

La musique faisait partie prenante de mon éducation. Lorsque je me remémore des souvenirs, ils sont pour la plupart accompagnés de bande-sons R&B, Rap ou Reggae. Petit, j’ai été initié à écrire ma propre musique. Je me souviens, en particulier, avoir eu de la difficulté à trouver un sujet, suite à quoi mon oncle Jamie m’a recommandé d’écrire sur ce qui me tenait à coeur, j’ai alors écrit un poème sur mon père. 

Quel rôle jouent vos origines jamaïcaines dans votre musique ? 

Je pense que mes origines jamaïcaines pimentent toutes mes expériences d’une manière ou d’une autre, que ce soit dans mon attitude, ou même mes préférences. Je n’ai malheureusement pas encore eu suffisamment l’occasion de passer du temps avec cette partie de ma famille ou même de m’y rendre. C’est un périple qu’il me tarde de faire de bout en bout. La Jamaïque est la prochaine destination sur ma liste. 

Credits Youcef Arbaoui

Parlez-nous de votre nouveau titre « Nobody Has To Know ». 

C’est un titre pour fêter l’été mais aussi pour nous rappeler que nous n’avons de compte à régler avec personne d’autre que nous-même. Il est possible de trouver le bonheur partout sans avoir à répondre aux attentes des autres. Nous n’avons pas besoin d’agir par soucis de conformisme. 

En tant qu’artiste noir aujourd’hui, je dirais que ce titre est pour moi le rappel de l’une des choses essentielles pour lesquelles nous continuons de nous battre : notre habilité à vivre nos vies sans subir l’oppression d’un système qui à plusieurs endroits dans le monde continue de déployer l’injustice raciale. 

J’aimerais que « Nobody Has To Know » touche et soit une lumière pour ceux qui se sentent affaiblis. Ce titre est là pour nous rappeler que nous devons vivre notre vie pleinement, sans regret. 

Que représente la musique pour vous aujourd’hui ? 

La musique représente tout pour moi. Dans tous mes projets artistiques elle a joué un rôle majeur, même lorsqu’elle n’était pas au premier plan. La musique a le pouvoir de pratiquement tout réaliser. Elle rassemble les foules et leur fait ressentir toutes sortes d’émotions. Elle touche une âme esseulée au bord du précipice. La musique est la source de vie de générations de peuples privés de droits. Elle est maternelle, nous accompagne et nous conforte dans les moments joyeux et difficiles. 

Votre famille a été affectée par le crime racial. Quel regard portez-vous aujourd’hui face à l’essor international de BLM? 

J’ai perdu mon père des suites de violences policières à un âge auquel on ne détient pas encore la capacité de créer des souvenirs. J’ai eu la chance d’avoir reçu suffisamment d’amour dans ma vie pour ne pas laisser cette douleur devenir source de colère. Ma manière de prendre « ma revanche » sur tout cela est d’inspirer et de valoriser les gens lorsque je le peux. 

Ceci étant dit, je pense qu’aujourd’hui le monde tente avec difficulté de négocier et de reconstruire un système entaché par les divisions raciales et la corruption. Black Lives Matter est une réponse à la douleur et au trauma d’un passé opprimé. Dans cet ordre d’idée, l’art et la musique engagés participent à panser ces blessures et propager un peu d’amour. Je travaille à cela. 

La musique est depuis toujours un moyen d’expression central pour la communauté. Comment l’envisagez-vous aujourd’hui? 

Comme beurre de cacahuète et chocolat, ou encore café et cigarettes, la musique et la culture noire forment un duo incontournable. La musique coule dans nos veines. On la trouve dans nos histoires, nos traditions, nos demeures et à tous les barbecues que nous organisons. Il suffit de remonter dans l’histoire des grands genres musicaux, vous y croiserez pour la plupart plus d’un visage noir.  

Quels sont vos projets à venir? 

À venir très rapidement après « Nobody Has To Know », une collaboration avec Deidra Chois que vous pouvez entendre et voir dans le clip. Gardez l’oeil bien ouvert et l’oreille tendue car ça risque de vous plaire ! Sur le long terme, ce single fera partie d’une mixtape sur laquelle je travaille actuellement. 

Un message pour nos lectrices?

Je pense que c’est important de se rappeler qu’à travers cette lutte pour changer le monde, nous avons nos rôles et nos parcours à découvrir. Nous n’avons pas tous à être en position de combat. Certains sont guérisseurs, d’autres enseignent et souvent ceux qui sont en première ligne ont besoin de soutien. N’ayez pas peur d’accepter le don que la vie vous a donné.  Répandez l’amour, la joie, le savoir et soyez reconnaissants pour les cadeaux que l’univers vous fait lorsque le monde peut supporter autant.

À découvrir ci-dessous le clip de Just J. « Nobody Has To Know » featuring Eva Balmir et Deidra Chois.

Par Eugénie Bataille

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Written by Eugénie Bataille

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