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JE VIS EN BANLIEUE, J’AI GRANDI EN AFRIQUE

Elle le dit volontiers dans ses collections. Africaine autant qu’européenne. Coupe et couleurs, Lodia K n’oppose aucune influence. Une mode urbaine, totalement ludique, qui joue de toutes les couleurs. Pendant six ans, c’était à Paris. Aujourd’hui, on bouge

Lors de sa dernière présentation, début 2019, elle le laissait entendre . Un bilan jubilatoire que Lodia K donnait avec la collection « Edjou Love ». Depuis six ans qu’elle est installée à Paris, la créatrice togolaise a sérieusement fait bouger le wax. Edjou récapitulait en fait, de façon festive, sa passion du tissu et des rencontres. L’idée que l’Afrique est ici et là, qu’elle s’imprègne de lignes nouvelles sans rien perdre de son savoir-faire et de son savoir-vivre.Le wax ? Elle est née dedans. « Ma grand-mère était une célèbre « Mama Benz » de Lomé. Par la suite, ma mère vendait aussi au grand marché de la capitale. J’ai toujours été fascinée par cet univers », confiait-elle au site Afrik.com. D’où cette formidable énergie et cette capacité de télescoper les géographies. « Les pagnes sont passionnants et vous emmènent très loin. Ils disent des choses … » Liées au pays pour certaines, dans la rencontre d’autres paysages aussi, à l’image de ces géométries que Lodia dessine si bien. Un chapeau rond, un disque parfait posé sur une robe triangulaire, en noir et blanc, musique purement graphique.

Parfois la coupe est japonisante, parfois elle prend comme un air de tango. « Zozo », en langue mina, signifie chaud.

Un an plus tôt, c’était aussi l’esprit de l’ « Amour zozo ». Même goût pour les collisions. Parfois la coupe est japonisante, parfois elle prend comme un air de tango. « Zozo », en langue mina signifie chaud. Chaude et colorée, parce que l’Afrique entretient ce feu. « Edjou », commente alors un critique, c’est le lieu dont on vient, celui qui est écrit dans le regard. Son pays, ses parents. « Métisse oui, urbaine et africaine. C’est entre Lomé et Paris que j’ai fait mon école de couture. Mes cours sont là, entre la banlieue et mon quartier au Togo. »

L’heure de la décision
Six ans, l’aventure de BaZara Pagne tient donc du rapprochement. « C’était mon rêve de pouvoir créer ici en France et de faire travailler les artisans togolais. Promouvoir le « made in Africa » est très important à mes yeux. » Son association, Allodoh, est allée dans ce sens. En dialecte mina, le mot signifie aide ou travail manuel. Il s’agissait donc de regrouper autour de BaZara des artisans, et de leur permettre de vivre décemment. « La production est achetée à un prix supérieur au marché, mais on favorise aussi la microfinance et la création coopérative. Dans l’avenir, un centre de formation sera également créé. Les artisans pourront eux-mêmes transmettre aux plus jeunes. »

 » J’ai toujours revendiqué le fait que mes créations étaient produites au Togo  » Lodia K.

Cette fois, on y est. L’aventure parisienne est en train de s’achever. Regarder au loin, coudre au futur. Lodia K va quitter la capitale et en retrouver une autre. « J’ai toujours revendiqué le fait que mes créations étaient produites au Togo, alors que plus de la moitié de la population togolaise ne connaît pas ma marque. » Dans une confidence à Jeune Afrique, elle explique un besoin de mieux gérer l’aspect de la production, et une plus grande maîtrise de la qualité des tissus. Petit sourire. Au moment de conclure, elle donne sans doute la seule et vraie raison. « J’ai appris en Europe la rigueur du travail. Maintenant, il est temps que je m’ouvre à d’autres choses là-bas. » Ce besoin a un nom. C’est ce que l’on appelle un retour aux sources.

http://bazarapagne.com
Roger Calmé
Photos DR

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