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Femmes Massaï : « Ils vont croire en nous »

Dans la société massaï, ultraconservatrice, quelle est la place des femmes ? Quels sont leurs droits et leurs perspectives ? Un horizon qui semble bien compromis. Militantes et ONG s’interrogent. Les expériences d’émancipation restent marginales. Mais elles ont déjà le mérite d’entrouvrir les portes.

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Les dix couvertures que je fabrique par jour m’aident à élever mes enfants, de payer les frais de scolarité, et aussi d’acheter les médicaments. C’était impossible avant…
Les couleurs sont si belles, les sourires éclatants, et ce coucher de soleil sur l’immense savane… Entre la Tanzanie et le Kenya, le peuple massaï déplace depuis toujours ses troupeaux et chasse le lion. Ses guerriers sont courageux. Nobles et fiers. La carte postale idéale, dans un monde conjugué au masculin. Exclusivement. Ce n’est pas un responsable d’ONG qui le dit. William Kikanae est chef de l’un de ces villages. « Pour les Massaïs, les femmes ne sont pas importantes. Elles n’ont pas le pouvoir comme les hommes. » Combien sont-ils, ceux qui osent le dire ? Des femmes qui n’ont aucun droit, qui ne peuvent posséder de bétail, tenir un commerce, qui n’ont qu’un accès exceptionnel à l’éducation, qui ne bénéficient d’aucun soin maternel ou d’information sur le HIV… Rien !

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L’artisanat au secours de la scolarité

Alors ces femmes ont commencé à se prendre en charge. La première pierre posée est sans doute le village d’Umoja. Des femmes samburu, proches des Massaïs, l’ont fondé dans les années 90. Victimes de viols, répudiées par leurs familles, elles se sont regroupées pour développer de l’élevage et du petit commerce. En swahili, « umoja » signifie « l’unité ».
Malgré la sécheresse, la perte des troupeaux, elles ont continué de fonctionner sur un modèle participatif, toutes les décisions prises en commun. Les hommes n’apprécient pas. Des expéditions punitives sont régulièrement conduites. Une femme a même été tuée et la matriarche, Samaria Lolosoli, fait l’objet de fréquentes menaces de mort. Aujourd’hui, le village est plus connu à l’étranger qu’au Kenya. Et si justement, c’étaient les marchés étrangers qui pouvaient offrir des issues ? Entre New York et un village du Samburu ou du nord de la Tanzanie, des passerelles se créent. Depuis 2009, Gertrude Nalianya coordonne un atelier de vingt femmes, à Kitale. Elle est couturière et son idée était de fabriquer les couvertures shuka… au lieu de les importer de Chine. « Ce projet communautaire, Urijani Mwema (UMAC), permet de stimuler la production locale. La couverture Massaï a ainsi été vue lors de défilés internationaux », explique-t-elle. Louis Vuitton l’a ainsi intégré à ses collections. « Les dix couvertures que je fabrique par jour m’aident à élever mes enfants, de payer les frais de scolarité, et aussi d’acheter les médicaments. C’était impossible avant. » témoigne Sara.

Éclairage maximal et valorisation planétaire

Le savoir-faire, celui même qui retenait les femmes dans le village… et qui leur ouvre aujourd’hui un début de modernité. Au pied du Kilimandjaro, côté Tanzanie, trente-cinq femmes Massaï créent ainsi des bijoux traditionnels. C’est vers elles que s’est tournée Alama. En swahili, le mot signifie « symbole ». À l’origine, une sculptrice et une journaliste, Nini Gollong et Elisabeta Tudor, ont mis en place des ateliers qui permettent à ces femmes de s’autonomiser. Les bijoux sont vendus en Occident « et les revenus alimentent des programmes de soutien, par le biais d’Africa Amini Alama (ONG). Elle fournit des soins de santé, une aide sociale et des programmes éducatifs pour les tribus Massaï et Meru. » Une campagne a également été lancée sur Kickstarter. La marque espère ainsi récolter 22 000 euros. Lesquels permettront un travail photographique de Ilyes Griveb (Le Monde, The Financial Times) et une vidéo tournée par Gavin Youngs. Objectif, la promotion de chacune de ces artisanes. Éclairage maximal et valorisation planétaire. Ces initiatives sont importantes. Mais leur impact reste néanmoins limité. Plus largement, l’Association pour le développement massaï (MDA) remet encore l’éducation et la formation au centre des priorités. Comme l’explique Mary Simat, militante de l’organisation : « beaucoup de petits commerces se sont effondrés par manque de connaissances et de gestion. Les femmes sont le plus souvent illettrées, elles n’ont aucune connaissance de leurs droits, ne sont pas représentées au Parlement ou dans le gouvernement. Cette éducation doit s’acquérir eu niveau rural, déjà. Il est également indispensable qu’elles soient reconnues par les hommes. Sinon, il n’y aura jamais d’équilibre, le monde ne sera jamais complet. »

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Written by Redaction

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