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COUPE DROITE ET FUTUR COMPOSE

De la création, mais aussi des réflexions sur le devenir de la mode africaine. Adama Paris parle autant de ventes que de création. Les vitrines du monde sont nombreuses et les stylistes africains doivent y avoir leur place.

Crépitement des flashs, pose de stars, créations millimétriques : la Dakar Fashion Week reste une vitrine référence de la mode africaine. La distribution est parfaite, mais le concept aussi qui porte la marque d’Adama Ndiaye. Depuis 2002, la styliste sénégalaise a doublement réussi. D’une part, ces podiums attirent le gotha de la profession, mais surtout ils offrent une vraie matière à réflexion. Oui, la mode africaine a acquis une crédibilité planétaire. Etape suivante, « il lui faut maintenant des commandes. » Elle qui se partage entre Paris et la capitale sénégalaise, refuse les cloisonnements.

Depuis des années, Adama pousse ainsi des incursions sur toute la planète. A l’image de cette « Tonkin collection » d’il y a deux ans, dans la soie et les dragons. Ou encore de ces récentes recherches sur la femme sahélienne qu’elle veut maintenant sur la 5ème Avenue et Times square. Des écarts de style que les jeunes créateurs font volontiers. « Je cherche des stylistes qui ont de l’audace. On sollicite une mode actuelle, contemporaine, mais que l’on puisse aussi vendre ailleurs. L’idée n’est pas simplement de défiler, d’applaudir et de partir, mais (…) de placer les créateurs aux Galeries Lafayette ou d’autres points de vente. »

 » On manque encore d’école, de structures, d’aides à la création, d’usine pour la fabrication. Ce qui explique en partie pourquoi nous sommes à la traîne. »

Bientôt une usine de production à Dakar
Car si la mode africaine sait être pertinente, il lui manque une ouverture au marché. Dans une interview au Point Afrique, elle le disait : « Si on observe l’aspect économique, la mode africaine se porte moins bien. A l’exception relative de l’Afrique du sud, on manque encore d’école, de structures, d’aides à la création, d’usine pour la fabrication. Ce qui explique en partie pourquoi nous sommes à la traîne. » En gros, la Fashion week, c’est bien, mais une usine locale, labélisée made in Africa, où travaillent des collectifs de femmes, des tisserands, des professionnels de la teinture, la plupart locaux, c’est encore mieux. Le projet devrait bientôt voir le jour en banlieue dakaroise.

Réflexion globale donc, et une reconnaissance qui va au-delà de la seule profession. Ses options pour les tissus traditionnels comme le tika et le kenté ont largement séduit… Tout comme ses implications médiatiques, avec la création d’une chaîne tv, ou l’organisation de la Black Fashion week, laquelle voyage entre Prague, Bahia et Paris. Parce qu’elle regrette toujours la présence insuffisante de médias africains et le manque de visibilité pour les créateurs. « Il est regrettable que les médias continuent de nous convaincre que les produits occidentaux sont meilleurs. Les Africains sont toujours réticents à acheter local. Et ça ne vaut pas que pour la mode. Il est temps pour nous, Africains, d’opérer une décolonisation des esprits et de consommer nos propres réalisations, » remarque-t-elle. « Mon combat en Afrique sera qu’on achète demain davantage du Adama Paris ou du Selly Raby Kane plutôt que du Zara ou du H&M. » Des produits de qualité, moins chers, adaptés au marché local, et qui vont voyager à l’autre bout de la planète. Demain, une femme sahélienne prendra le thé au Japon. Geisha en tenue Adama.

Roger Calmé
Photos DR

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