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Hommage à Manu Dibango : le lion ne meurt pas !

Il est l’une des figures de ce siècle musical. Bien au-delà de l’afrobeat, un philosophe aussi, une énergie, un symbole de l’Afrique !

Manu Dibango

Il y a vingt-quatre heures, à l’annonce de sa mort, vite démentie, on a tous ressenti de la colère et un soulagement immédiat. Non, Manu Dibango ne peut pas disparaître. C’était comme si on enlevait le plus vieil arbre, le plus grand, celui qui tient toute la forêt. Et celui qui répand le son.

Aujourd’hui, on a la gorge nouée et du mal à écrire. J’ai eu cette chance, le 14 mars 2003, d’être à Douala. Ca faisait tout juste 30 ans que « Soul Makossa » était sorti. Manu en avait soixante-dix. Et il était toujours aussi actif. Son retour à Douala, sa ville natale, c’est l’arrivée du Bantou Beat, l’alchimie parfaite des groove jazzy d’Afrique centrale. Le groupe Macase l’accompagne, la salle de la Pêche frôle l’envolée cosmique. Un souvenir, le mien, le vôtre peut-être. Douala.

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A l’aube des années 70, « Soul Makossa » a frappé les esprits. C’est l’intro de la world musique, un jet jouissif, sans souci de perfection ou de quête historique. Jusqu’ici, Manu Dibango a couru le cacheton, talent immense et musicien de l’ombre. Contributions modestes au Moulin Rouge d’Ostende et au Scotch d’Anvers, puis aux Chats Noirs (Bruxelles). Une sorte d’exil musical qu’il a rompu en 1961 avec sa tournée au Zaïre, puis l’ouverture de sa boîte à Douala, le Tam-Tam. L’expérience est douloureuse. Il regagne l’Europe. Déplacement obligé, mais le plein d’énergie africaine. Toute sa vie, toute sa musique sera dans ce mouvement, entre l’Afrique et l’Occident.

Son dernier voyage, l’album qui ne sera jamais de trop, « Safari symphonique ».


« Indépendance cha-cha » : « quand Lumumba a amené dans ses valises, l’orchestre African Jazz et Joseph Kabasele. »

Des dates, il y en a des dizaines. Certains vous diront que tout est dans les années soixante-dix. D’abord, « Soul Makossa », composé au moment de la Coupe d’Afrique des Nations qui se déroule au Cameroun (1972). Un peu plus tard, il bosse aussi entre Abidjan et Lagos où il côtoie Fela (1978), au moment de l’album « Home Made ». Africain et jamaïcain, quand il se tourne vers Kingstom et enregistre « Gone Clear ». Résolument world, aucune frontière, juste la recherche du groove. Les années 70 ?

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Soul Makossa, le début du voyage
Le mieux sera peut-être de lui demander. Ce qu’il a retenu de toute cette vie de musicos ? Dans une interview à RFI, en septembre 2019, Manu Dibango disait : « C’est le facteur temps qui donne de l’importance et de la signification. » Il parle donc de sa première traversée entre Douala et Marseille. Il avait 15 ans et prenait le bateau pour 21 jours. « Quelque part un voyage initiatique. » Et il y a eu « Indépendance cha-cha » « quand Lumumba a amené dans ses valises (à Bruxelles), l’orchestre African Jazz et Joseph Kabasele. »…qui venait de composer le morceau devenu alors l’hymne du Continent.

Wakafrica, ou la reprise de ses plus grands morceaux et l’amitié de quelques ténors.

Alors oui, « Wakafrika » (1992), avec Youssou N’Dour, King Sunny Ade, Salif KeitaAngélique KidjoRay Lema, qui revisite ses grands succès, marque les esprits. Et puis « Safari symphonique » (2019), présenté au festival de Vienne et à Paris. Dernier pari en date, dernier beau voyage. Oui toutes ces dates… et « Soul Makossa », enregistré sur une face B. Un petit 45 tours que des musiciens afro-américains ont ramené aux States. « And the winner is… ». Le début de l’aventure. « Ca change tout, c’est le début du voyage, » sourit-il.  On sait que t’es pas mort. C’est faux ! Les gens disent n’importe quoi.

Roger Calmé
Photo DR

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