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Coronavirus : Libreville s’interroge

La capitale du Gabon vit dans l’attente. Pas de panique, pas d’optimisme, une bonne dose de fatalité.

Libreville, une ville au ralenti. Carrefour de l’Ancienne Sobraga, rond-point d’Ozangué, échangeur Nzeng-Ayong, les passants sont rares, les taxis roulent à vide. L’ambiance est un peu celle des jours d’élection, où la population reste derrière sa barrière. Difficile néanmoins de prétendre que c’est la peur du virus qui confine les habitants ou plutôt les mesures restrictives qui réduisent les déplacements. Magasins fermés, sociétés en chômage partiel, rideaux baissés.

Contacté ce matin, notre correspondant parle de rares agents qui travaillent encore. Le personnel soignant, les responsables dans les ministères, la presse, …  « Pour le reste, on se retrouve dans les cours, au fond des quartiers. Quelques coins restent ouverts où les habitants boivent un jus. Les discussions? Le virus et les derniers scandales sur les réseaux sociaux. » Il y a deux jours, le buzz était plutôt la déclaration de Patience Dabany à son frère jean-Boniface Assélé et les réponses de ses détracteurs.

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La réalité. Elle est plurielle comme toujours. Hier soir, le chef de l’Etat est intervenu suite au décès d’une première victime. Il a dit pressentir l’inquiétude, mais assuré que « tout était prêt ». Les déclarations alarmistes sont infondées, appuie-t-il. Dans un souci de sécurité maximale, un couvre-feu est imposé à partir de ce dimanche, entre 19h 30 et 6h du matin. Dans les prochains jours, du matériel médical et sanitaire sera mis à la disposition de tous les acteurs de santé, des forces de sécurité et de la population. Un appel au calme, à la sérénité et à la cohésion sociale.

Jeudi, le secrétaire général du ministère de la Santé, Guy Patrick Obiang Ndong, se voulait rassurant sur l’état de santé de la première victime.

Justement, jugent nombre d’habitants, la cohésion sociale au Gabon… « ce n’est pas le confinement. Dans les périodes de difficulté, les familles se regroupent. On se porte assistance, on veille les malades. Personne ne va rester dans son coin », rappelle Belinda, originaire de RDC. Devant sa maison, les enfants jouent encore et son mari est parti travailler. « On ne peut pas faire autrement. Ne pas travailler, c’est mourir de misère. »

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On se déplace donc. On continue, même de façon réduite à faire ses courses. Hier Angèle est venue d’Ozangué à la grande pharmacie du centre, Mbolo. Elle a partagé le taxi avec deux autres personnes. « C’est mieux que le minibus où on est douze, dit-elle. Sa surprise a été de voir les prix que le gel hydro-alcoolique atteint désormais. « Ils n’en avaient plus, donc ils ont fabriqué. La bouteille importée coûtait 1500 Fcfa. Maintenant, c’est à 6000. » Même chose pour les denrées alimentaires. Certains n’hésitent plus à multiplier par trois leurs prix. Le coronavirus va donc peser encore plus lourdement sur les défavorisés.

Mont Bouët, principal marché de la capitale.

« Ce qu’on veut, c’est d’être informé, confiait cette mère de famille. On fera tout pour respecter les consignes, on est conscient de ce qui arrive, mais que pour une fois, on sache la vérité. Les gens qui sont hospitalisés, les familles des victimes, les lieux où on peut trouver des masques… » Elle parle aussi de cette personne décédée. Combien de personnes a-t-elle pu contaminée avant d’être hospitalisée ?

Les déclarations officielles sont rassurantes, mais couvrent-elles la réalité ? Le confinement et les mesures prises sont efficaces, mais… dans un pays européen. « Ils y arrivent déjà difficilement, vous avez vu l’Italie ? poursuit-elle. Alors nous… On prie, c’est Dieu qui va décider. »

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Roger Calmé
Photo DR

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