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Chloroquine : le choix de l’Afrique

GERARD JULIEN / AFP

Au départ relativement épargnée par rapport à la Chine et aux pays européens, l’Afrique commence à inquiéter alors qu’elle approche le cap des 500 morts. Comme Didier Raoult, plusieurs pays africains ont déjà tranché comme le Sénégal : il faut essayer la chloroquine, elle a assez fait ses preuves. Retour sur cette molécule qui fait débat pour traiter le coronavirus.

Un manque cruel de moyens pour soigner les patients

Comme nous l’avait expliqué le Docteur Moumouni Kinda dans une interview exclusive, la plupart des pays africains disposent de peu de moyens pour faire face à l’épidémie de coronavirus grandissante.

« En Afrique de l’Ouest, on a 0,3 lit pour 1 000 habitants, contre 6,5 en France. Il y a aussi beaucoup moins de médecins : 1 pour 15 000 au Burkina Faso, qui est le pays le plus touché en Afrique de l’Ouest et centrale, contre 50 en France. […] A titre d’exemple, il y a près de 20 fois moins de capacité en lits d’hospitalisation qu’en France et près de 50 fois moins de médecins par habitant que dans les pays européens. »

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Entre deux maux, choisir le moindre

Une situation préoccupante qui force les autorités de certains pays à réaliser des choix thérapeutiques. Pour certains, c’est la chloroquine, pour d’autres les vaccins.

En effet, tout l’intérêt de la chloroquine selon le Pr Raoult est qu’elle permet d’éviter les trop nombreuses hospitalisations. Si le patient est pris en charge tôt, les résultats sont bons :

« Quand nous soignons les gens dès le début de la maladie, nous avons des résultats qui évitent une évolution défavorable et on est content que les choses aillent dans ce sens » assure-t-il dans un bulletin d’information scientifique de l’IHU.

Le Maroc, Madagascar, le Burkina Faso, l’Afrique du Sud ont décidé d’autoriser l’utilisation de l’hydroxychloroquine en milieu hospitalier. Au Sénégal également, pays de naissance du Pr Raoult, où avec 237 cas testés, seulement 2 personnes diabétiques sont décédées des suites du virus. Si Didier Raoult met en garde contre l’automédication, il défend par contre son bilan avec ferveur : « Un seul décès pour 1000 patients traités dès le début de la maladie ». Lui et son équipe, qu’il présente dans une vidéo, font preuve de la plus grande rigueur scientifique pour démontrer l’efficacité de son traitement.

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La prudence reste de mise

Le corps médical africain reste évidemment prudent face au manque d’études et aux cas de décès liés aux effets indésirables de ce traitement rapportés par l’ANSM. Ces effets indésirables sont en effet bien connus des scientifiques africains car la chloroquine a été largement utilisée pour le traitement du paludisme. Ils bénéficient donc d’une expertise sans pareil. Il convient de préciser que l’utilisation de la chloroquine a été stoppée non pas en raison de ses effets négatifs mais parce que les virus y étaient devenus plus résistants.

Autre avantage de la molécule, elle est bon marché et répandue en pharmacie. Face à la ruée des habitants sur ces médicaments, plusieurs états en ont interdit la vente sans ordonnance et ont réquisitionné des stocks. L’Organisation Mondiale de la Santé continue à mettre en garde contre l’excès de confiance dans cette thérapie. Mais ici, où le nombre de lits en réanimation et de respirateurs est limité, le temps de l’hésitation est passé. Il faut agir et essayer cette thérapie, toujours sous contrôle médical :

« Ne vous auto-prescrivez pas [de la chloroquine]. Il faut d’abord consulter un médecin pour effectuer un électrocardiogramme et doser le potassium dans votre sang. Il ne faut pas improviser, ce sont quand même des médicaments », soulignent le Pr Raoult, ainsi que les défenseurs de cette molécule.

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Nous ne sommes pas des cobayes

Le Sénégal a été le premier pays à utiliser l’antipaludique pour traiter le coronavirus. Le porte-parole du gouvernement sénégalais, Abdou Latif Coulibaly, assure ainsi que les premiers résultats sont positifs. « L’OMS ne va pas nous dire ce qu’il faut faire » avait-il déclaré au micro de la BBC. Il fait entièrement confiance à ses scientifiques.

« Si la chloroquine s’avère efficace, c’est un atout pour l’Afrique dont les pays ont des ressources très limitées, avance le professeur Cheikh Sokhna, paludologue et chef d’équipe à Dakar au sein d’une unité de recherche médicale pilotée par l’IHU de Marseille de Didier Raoult. C’est un produit connu et maîtrisé, bon marché et avec des effets secondaires mineurs. Personne ne connaît mieux la chloroquine que nous, chercheurs africains. »

Les questions se posent en effet après la polémique du test des vaccins anti-covid19 en Afrique. Le coordinateur national de la lutte anti-covid19 en RDC, Jean-Jacques Muyembé, avait annoncé que le pays était candidat pour les tests de vaccins. Selon lui, l’épidémie d’Ebola passée a pu être efficacement combattue grâce aux centaines de milliers de vaccins testés sur les Congolais.

Des décisions controversées donc, qui entraînent la colère de nombreux Africains, contre l’idée de devenir les cobayes du monde.

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