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CE DONT JE ME SOUVIENS

Un itinéraire particulier, en écho continental permanent. La mode africaine a des racines, et pour Nsimba Valène Lontanga, il serait bien de les écouter.

C’est une question qu’on lui pose souvent. Une question toute simple et la plus difficile à répondre: « Y a-t-il encore une mode noire ? Spécifiquement africaine ? » Nsimba Valène Lontanga prend son temps avant de parler. D’avoir grandi en Hollande, et de s’être nourrie toute petite de son Afrique, lui a fait un tempérament de résistante. Dans une interview au magazine Marie-Claire, elle disait très clairement ne pas se reconnaître dans l’image que l’on donne de la création africaine. « Nous étions la seule famille noire dans mon quartier. Très tôt, j’ai voulu représenter ce que je n’avais pas autour de moi », raconte-elle. Il en a été de même de la mode. Il ne suffit pas de couper un wax, de mettre des imprimés pleins de couleurs. « J’ai été influencée par ma mère et mes tantes. Leur façon de s’habiller et de traiter la mode a une élégance que je n’ai pas trouvée dans la création contemporaine. J’ai alors commencé à vouloir des vêtements qui défiaient la vision qu’on avait de la mode africaine. »Lorsqu’elle cesse de travailler chez Vlisco et ouvre Libaya (2016), la philosophie est déjà bien en place. Inutile de faire de grandes phrases, revenir d’abord aux choses du début. “ Être élégante, dit-elle, c’est d’abord choisir le bon “haut” . Ma mère passait beaucoup de temps à ça. Le plus souvent, c’est épaules nues. On dit en lingala, buka mapeka.” Des manches bouffantes ensuite, et le choix de la couleur. « Je pense aussi ajouter des jupes, mais pas de jeans ou de pantalons. Ils n’appartiennent pas à mon histoire ». Parce que c’est bien d’une histoire qu’il s’agit. D’une histoire africaine, comme celles qu’on lui racontait, petite fille.

« J’ai alors commencé à vouloir des vêtements qui défiaient la vision qu’on avait de la mode africaine. «  Nsimba Valène Lontanga

Notre histoire, nos gestes, nos ateliers
Voilà pour la coupe, qui est l’esprit de la couture. Mais Libaya est aussi une sorte d’engagement. Certains diront qu’il y a chez elle une forme de conviction « politique ». « Je veux raconter une histoire pas seulement pour les femmes noires, mais qui soit inspirée par elles et invitent les autres à vouloir en faire partie. » Et pour que l’édifice soit d’une assise parfaite, Nsimba Valène Lontanga choisit une fabrication africaine, au Ghana. Son passage chez Vlisco comme « chasseuse de tendances » lui a été utile, elle connait parfaitement les réseaux et son mode opératoire sera 100% africain.Voilà, c’est l’histoire, telle qu’elle veut la raconter, au plus près de la réalité du continent. Et elle n’est pas la seule à penser ainsi. Il y a un an, elle a mis sur pied The Fofa « The Future of fashion in Africa », une plate-forme qui répertorie les créateurs africains et rend visible leur savoir-faire. Il ne s’agit plus de l’interprétation d’une mode, mais de ses gestes quotidiens et de son ancrage. « Je suis parfois heureuse d’être une représentante de la femme africaine, confie-t-elle, mais je veux que nous soyons mises en avant en tant qu’individus à part entière. » Politique, dites-vous ?

www.shop-libaya.com

Roger Calmé
Photo DR

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