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AU COMMENCEMENT, LE PREMIER TISSU, LE PREMIER MESSAGE

Les Kubas tissent une étoffe royale, appelée shoowa. Elle assure la protection des vivants… et le passage des morts. C’est au Kasaï, sur les berges de la rivière Sankuru.

Une histoire qui date de mille ans. Aussi profonde et pleine de sens que la forêt équatoriale. Bien avant le coton, le raphia fournissait déjà aux Pygmées et autres tribus d’Afrique centrale, matière à tisser. L’écorce battue (tapa) était ainsi utilisée entre les rivières Sankuru et Kasaï (RDC). Chez les Kuba, qui produisent les étoffes les plus sophistiquées, les shoowa, il s’agit de la fibre du tronc, plutôt que les jeunes feuilles. Ces artisans travaillent de concert avec leurs épouses et leurs enfants. Les hommes s’occupent du tissage et les femmes travaillent la broderie, d’une complexité spirituelle autant qu’ouvrière. Les dieux ne sont jamais étrangers à la fabrication de ce velours royal.

Depuis l’époque la plus ancienne, l’usage de ces tissus était cérémoniel. Mais il servait aussi à envelopper les morts, ou encore dans les échanges commerciaux. La complexité des parures dépendait ensuite du rang social. Les motifs n’étaient pas libres et chaque roi imposait des dessins qui lui étaient propres. Les plus belles pièces étaient parfois parées de cauris. C’était le cas des rois Bushoong. Pour leurs vêtements d’apparat, il arrivait qu’une robe demande jusqu’à une année de travail.

La complexité des parures dépendait du rang social

Un pont entre les esprits et les vivants
Les hommes tissent et travaillent la teinture d’origine végétale. Ils produisent des pagnes pour hommes (mapel) et pour femmes (ntshak). Les épouses s’occupent ensuite de la broderie. Elles travaillent de mémoire, sur une même pièce, et peuvent changer d’inspiration, ce qui donne des graphismes inattendus, évolutifs. Ce sont elles également qui donne l’aspect « velours », le fil de raphia sur-brodé  et coupé à ras. Cette technique, qui date du 19ème, perdure aujourd’hui et fait pour beaucoup son succès, notamment dans l’ameublement.

Enfin, on ne peut passer sous silence la dimension mystique du  tissu shoowa. L’auteure du site afrosaltboho évoque la genèse et les rituels de passage des morts. « Deux symboles géométriques reviennent : le Woot et l’Imbol. Le père-géniteur de tous les hommes, le premier roi, Woot, veille sur l’humanité. Imbol représente le lien entre le monde des hommes et celui des esprits. Les deux se sont unis et assurent les ponts spirituels. »

Ce sont ces motifs que les femmes dessinent aujourd’hui encore, transmission des codes, discontinuité du message tissé, que seuls les initiés peuvent déchiffrer.

R. Calmé
Photo DR
A lire http://afrosaltboho.blogspot.com/2017/08/le-tissu-kuba-la-genese.html

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Written by Roger Calmé

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