Miss Togo 2017 : « J’appelle tous les Togolais au rassemblement et à l’unité »

 « Face à tous ceux qui prêchent le désespoir et la violence, j’invite tous les Togolais à se mobiliser pour promouvoir l’amour du pays et la concorde nationale »

 

Agée de 21 ans et étudiante en deuxième année de droit, Cornélia Dédévi Adomayakpo a été élue Miss Togo 2017 le 26 Août dernier à Lomé. Nous l’avons suivie à Paris à l’occasion du Salon du Tourisme où elle venait défendre les couleurs du Togo, avant de la rejoindre à Lomé pour lui accorder sa première grande interview internationale. Cornélia a profité de l’opportunité pour confier à AMINA son retour d’expérience sur ses premiers mois de règne et pour revenir sur la situation politique au Togo. Souhaitant incarner avec conviction sa principale mission de Miss, Cornélia s’est attachée à représenter, défendre et promouvoir l’unité nationale du pays. Interview.

Qu’est-ce qui vous a décidé à participer à l’élection de Miss Togo 2017 ?

C’est un ami qui me poussait depuis plusieurs années à être candidate et j’ai fini par accepter. Cette année, il y avait une présélection sur deux grands regroupements régionaux, l’un pour la moitié nord du pays et l’autre pour la moitié sud représentant l’ensemble des régions maritimes jusqu’à celles des plateaux. Nous sommes parties deux semaines en camp avec les filles pour s’entraîner et se familiariser. Je dois dire qu’il y a eu des hauts et des bas (rires !), car vivre en communauté avec des filles que l’on ne connaît pas créé parfois des difficultés qui aboutissent à des pleurs dans les moments d’émotion. Il y a aussi parfois de la méfiance et des critiques entre les candidates. Cela permet de grandir et de mûrir jusqu’au jour de l’élection qui, en dépit du grand stress qu’elle nous fait subir, reste pour autant un moment exceptionnel et merveilleux avec une soirée de joie très palpitante.

Quels sont les critères pour participer à l’élection de Miss Togo ?

Il faut avoir entre 18 et 25 ans, être de bonne moralité, mesurer une taille minimum d’1m70 et parler le français avec aisance. Le processus suit plusieurs étapes : cela commence par l’appel à candidature qui permet aux jeunes filles qui répondent aux critères d’adresser leur dossier auprès des délégués régionaux dans les cinq régions du Togo. Les dossiers sont ensuite étudiés : l’on vérifie la nationalité et l’acte de naissance. Les jeunes femmes sont alors convoquées dans leur région pour une première sélection à l’issue de laquelle une vingtaine d’entre elles sont retenues pour participer à l’élection régionale.

Cornelia Dédévi Adomayakpo, Miss Togo 2017, habillée par Gracias Zwei Creation - Jardins de l'Hôtel 2 Février - © 2017 Photo Benjamin Reverdit
Cornelia Dédévi Adomayakpo, Miss Togo 2017, habillée par Gracias Zwei Creation – Jardins de l’Hôtel 2 Février – © 2017 Photo Benjamin Reverdit

« Grâce au concours Miss Togo, je me suis fait de nouvelles amies »

Qu’avez-vous découvert sur vous-même à travers la participation à ce concours ?

Au début, j’étais très réservée et, timide, je parlais très peu. C’est la présence des filles qui m’a incité à m’exprimer davantage et que j’ai commencé à m’ouvrir et à me relâcher. Je me suis faite de nouvelles amies. Cela n’a pas été facile pour moi. J’ai beaucoup pleuré car la pression était trop forte avec les entraînements. Le jour J, à l’annonce de la première dauphine qui était la concurrente la plus sérieuse, j’ai su que j’étais la nouvelle Miss Togo.

Qu’ont pensé vos parents de votre participation ?

Au début, mon père n’était pas d’accord car, pour lui, seules les études comptent. Quand j’ai été nommée 1ere dauphine au moment de l’élection régionale, il n’était pas très content et me disait : « Je ne t’ai pas mise à l’école pour faire des concours de Miss » (rires !) Après réflexion, il a décidé de me soutenir et lorsque j’ai été élue Miss Togo le 26 août, il n’y a pas cru immédiatement. Ma maman priait beaucoup de son côté pour que tout se passe bien, afin que je sois au moins parmi les dauphines. Tous sont aujourd’hui très contents et fiers de moi.

A propos des Mamans, quelles sont les grandes qualités des Togolaises ?

Les femmes togolaises sont des femmes d’avenir, elles sont de très bonnes épouses et des mères attentionnées. Les femmes du Togo ont aussi le sens inné des affaires et de la famille et savent comment créer de la valeur sans avoir besoin d’aller dans les écoles de commerce. Elles brassent beaucoup d’argent et les maris les recherchent (rires !). Dans les premières années de l’indépendance, celles qu’on appelait les « Nana-Benz » donnaient déjà leurs voitures pour transporter les personnalités. Aujourd’hui, je souhaite interpeller toutes les « Nana-Benz » ainsi que toutes les autres femmes pour qu’elles se mobilisent en faveur de la paix, en éloignant nos jeunes de la discorde et de la division. Il faut impérativement préserver la prospérité de notre pays.

Cornelia Dédévi Adomayakpo, Miss Togo 2017 lors de son voyage à Paris - IFTM Top Résa - © 2017 Photo Benjamin Reverdit
Cornelia Dédévi Adomayakpo, Miss Togo 2017 lors de son voyage à Paris – IFTM Top Résa – © 2017 Photo Benjamin Reverdit

« Mon projet social, c’est la réinsertion des prisonniers. Chacun a droit à une seconde chance »

Quel est votre objectif dans la vie ?

Mon père m’a incité à faire du droit. En premier année, j’ai étudié le droit public et je compte me spécialiser en droit privé en troisième année. Par la suite, j’aimerais travailler en entreprise et peut- être dans le secteur financier et commercial. J’aime les choses justes et droites, car il faut dire la vérité. Lorsque l’on ne dit pas la vérité, l’on cache son vrai visage, et cela n’est pas bien. J’ai grandi et étudié à Lomé, dans le quartier d’Hedzranawé, puis je suis allée au collège et au lycée à Attiégou avant d’intégrer l’Université de Lomé. Je ne viens pas d’une famille très aisée, mais d’une famille de la banlieue de Lomé. J’ai huit frères et sœurs qui sont tous très fiers de moi, qui suis en cinquième position dans la famille.

Pouvez-vous nous parler de votre engagement de Miss dans la société togolaise ?

Mon projet social, c’est d’aider à la réinsertion des prisonniers à l’issue de leur peine Il est important de donner une seconde chance à celui qui a fauté, qui a purgé sa peine et qui recherche sincèrement à repartir du bon pied et à se reconstruire dans la vie. Mon action est d’aider les anciens prisonniers en réinsertion à disposer de tous les certificats de travail dont ils peuvent avoir besoin pour justifier de leur compétence et savoir-faire. Par mon action, je recherche aussi à améliorer le regard que les gens portent sur les anciens prisonniers, qui souvent n’est pas très favorable du fait de leurs antécédents. Nous devons les accueillir de nouveau parmi nous et les aimer aussi, car chacun a droit à une seconde chance lorsqu’il souhaite s’en sortir.

Quand on est jeune au Togo, peut-on réussir dans sa vie et réaliser quelque chose de grand ?

Bien sûr que oui ! Et les jeunes de ma génération sommes les premiers à recueillir les fruits du développement. A présent, il existe des programmes d’entreprenariat pour les jeunes. Aujourd’hui, l’on peut créer au Togo une entreprise en quelques heures, alors qu’avant cela prenait des mois. Le guichet unique fonctionne et facilite grandement les démarches de ceux qui veulent se lancer. Il y a des jeunes qui parviennent à créer leur propre entreprise et qui réussissent. Je souhaite encourager tous ceux qui se lancent. Les infrastructures se développent avec les routes et les services de l’Etat. A présent, je vois chaque matin par exemple le nouvel aéroport terminé et mis en service pour accueillir l’augmentation du trafic aérien. Les choses se construisent avec le temps et chaque pierre posée fait grandir l’édifice. Comme l’on dit chez nous au Togo, « c’est petit à petit que l’oiseau fait son nid ». Tout cela nous donne beaucoup de motivation pour bâtir notre pays.

Cornelia Dédévi Adomayakpo, Miss Togo 2017, habillée par Gracias Zwei Creation - Jardins de l'Hôtel 2 Février - © 2017 Photo Benjamin Reverdit
Cornelia Dédévi Adomayakpo, Miss Togo 2017, habillée par Gracias Zwei Creation – Jardins de l’Hôtel 2 Février – © 2017 Photo Benjamin Reverdit

« Cela m’a fait chaud au cœur de voir un millier de jeunes se mobiliser avec moi »

Pouvez-vous nous parler du Togo ?

Le Togo est un pays très chaleureux et accueillant où il fait bon vivre et l’on y trouve tout ce dont on a besoin avec de magnifiques paysages. Nous avons une belle qualité de vie et une certaine quiétude. Il existe une forme d’amour entre nous qui nous permet de surmonter la difficulté et de rester unis dans la fraternité.

Aujourd’hui pourtant certains groupes souhaitent perturber cette quiétude…

J’invite tous les Togolais à s’asseoir et à se parler, car l’absence de communication ne permet pas d’avancer ensemble dans la paix et préserver le bien du pays. Je lance un appel à tous mes compatriotes pour que ceux-ci veillent, comme sur un joyau précieux, à préserver notre unité nationale et la cohésion sociale du pays. Il faut s’éloigner de la discorde. Nous devons respecter nos institutions et notre cadre légal pour que l’on puisse parvenir à s’entendre et à organiser le dialogue. Plus que jamais les Togolais doivent maintenir leur unité en dépassant tous les clivages pour défendre l’intérêt du pays sur le long terme. Nous devons nous réconcilions-nous les uns avec les autres, plutôt que d’écouter ceux qui  veulent  nous diviser.

Parlez-nous de votre projet environnemental ?

Je m’emploie à sensibiliser la population à la préservation de l’environnement et à l’importance de protéger la nature car Il y a aujourd’hui une urgence environnementale. Pour notre bien-être et pour celui des prochaines générations, nous devons prendre garde à respecter les écosystèmes et la biodiversité. Actuellement, je mets l’accent auprès des populations sur la gestion des déchets et des plastiques qui sont les plus nocifs pour notre pays. Il faut éduquer les enfants et conscientiser les adultes à ne pas jeter à terre les déchets, mais à les collecter pour qu’ils puissent être recyclés sans polluer la terre. Avec notre unité nationale, notre terre est notre bien le plus précieux, puisque c’est elle qui nous nourrit et que c’est là où nous sommes nés et avons grandi. J’invite tous les Togolais à adopter des comportements éco responsables. Fin septembre, j’ai ainsi participé à une opération de salubrité sur la plage, consistant à ramasser les déchets afin de rendre de nouveau les lieux propres et accueillants. Cette opération a été réalisée en partenariat avec l’ANASAP, l’Agence Nationale d’Assainissement et de Salubrité Publique et cela m’a fait chaud au cœur de voir un millier de jeunes se mobiliser avec moi.

Cornelia Dédévi Adomayakpo, Miss Togo 2017, habillée par Gracias Zwei Creation - Réception de l'Hôtel 2 Février - © 2017 Photo Benjamin Reverdit
Cornelia Dédévi Adomayakpo, Miss Togo 2017, habillée par Gracias Zwei Creation – Réception de l’Hôtel 2 Février – © 2017 Photo Benjamin Reverdit

Quel message aimeriez-vous adresser à la jeunesse togolaise ?

Je veux leur dire de mettre la main à la pâte pour que tous ensemble nous puissions construire notre avenir. Il faut se battre et ne pas baisser les bras. Seules les personnes qui ne veulent rien faire sont toujours là désœuvrées. Mais ceux qui veulent s’investir dans le travail arriveront à s’en sortir. Je veux dire aux jeunes de travailler, de travailler dur pour leurs lendemains. J’invite toute la jeunesse à se mobiliser avec moi pour rendre le pays plus beau et plus propre, et pour le rendre toujours plus accueillant et plus désirable. C’est important d’abord pour nous qui y vivons, ainsi que pour nos mamans et nos petits frères. C’est important aussi pour donner une belle image de notre pays à l’international, ainsi qu’à tous les étrangers qui viennent nous voir et qui investissent au Togo. Face à ceux qui attisent un sentiment de désespoir et qui incitent les jeunes à la violence, en les poussant à saccager les villes, à dépaver les rues et à faire bruler des pneus, moi je préfère inviter les jeunes a un grand sursaut d’espoir, dans un esprit de rassemblement et de convivialité. Je rêve qu’ensemble, avec les enfants de la nouvelle génération, nous construisions un Togo plus grand, plus fort, et plus uni que jamais.

Quels sont aujourd’hui les principaux atouts du Togo ?

Nous en avons beaucoup ! Il y a nos cultures, nos ressources minières, nos artistes et nos créateurs, une stabilité politique et économique, qui, en dépit des quelques troubles que nous connaissons actuellement, est propice aux affaires. Les investisseurs bénéficient d’un climat très favorable. Au niveau du tourisme, nous avons aussi de très beaux paysages dans nos cinq grandes régions. Il y a la mer à Lomé, les belles cascades à Kpalimé et le château Vial où tous les touristes aiment aller, de très jolis parcs nationaux et animaliers, comme ceux de Fazao et de la Kéran. Les étrangers qui visitent Lomé bénéficient aussi des très belles infrastructures hôtelières de la ville, comme celles du prestigieux Hôtel 2 Février, qui met en œuvre au service de ses clients ses prestations hôtelières d’exception. Pour ma part, j’ai été très surprise et heureuse de voir que par exemple au Salon du Tourisme de Paris, beaucoup de monde connaissait notre pays et nos cultures. Ils me disaient « aimer le Togo pour son accueil et pour la gentillesse de ses habitants » et ont adoré déguster nos ananas (rires !)

Cornelia Dédévi Adomayakpo, Miss Togo 2017 au Salon du Tourisme de Paris - IFTM Top Résa - © 2017 Photo Benjamin Reverdit
Cornelia Dédévi Adomayakpo, Miss Togo 2017 au Salon du Tourisme de Paris – IFTM Top Résa – © 2017 Photo Benjamin Reverdit

« Ayons à cœur de privilégier notre belle langue française »

Quel est à vos yeux le bien le plus précieux du pays ?

Sans hésiter, je vous dirais notre unité, c’est notre force et notre joyau. Nous devons défendre le Togo comme étant notre havre de paix, c’est le nôtre ! Face à tous ceux qui prêchent le désespoir et la violence, j’invite tous le Togolais à se mobiliser pour promouvoir l’amour du pays et la concorde nationale. Dans notre pays, nous sommes riches de plusieurs cultures, ethnies et confessions religieuses et il est merveilleux de voir cette belle harmonie qui nous a toujours liés. Moi je ne mets jamais en premier ma confession ou mon ethnie, car je me sens Togolaise avant tout et j’accorde de l’importance à la paix avec mon frère. J’invite chaque personne et chaque enfant de notre nation à se rendre compte que nous avons en partage l’une des plus belles nationalités qu’il soit. Dans toute l’Afrique, et de par le monde, nous avons la réputation d’être un pays paisible, stable, accueillant et propice pour y vivre et y être heureux. Nous avons le devoir de préserver et de transmettre cette grâce que Dieu nous a donnée parmi les peuples et nations. Grâce à la langue française que nous avons en partage, nous avons la possibilité de tous nous comprendre et de nous entendre. Ayons donc à cœur de privilégier notre belle langue !

Par Benjamin Reverdit, à Lomé

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