Khadijatou: saharaouie violée par Brahim Ghali, président du Front Polisario

Kadjitatou

Khadijatou Mahmoud Mohamed Zoubeir est saharaouie. Elle a grandi dans les Camps de Tindouf en Algérie.  À 21 ans, elle a été victime de viol par Brahim Ghali, l’actuel président du Front Polisario. Trois ans après les faits, armée de courage, la jeune femme a décidé de porter contre son abuseur auprès de la Haute Cour de justice espagnole. Présente à la conférence organisée par l’AIDE Fédération qui dénonce les abus dont sont victimes les enfants de Tindouf, pour Amina, Khadijatou a choisi de revenir sur cet épisode. La vie dans les Camps de Tindouf et de son combat pour les femmes abusées sexuellement. Propos recueillis par Karine Oriot

Traductrice pour l’ONG Sahara Marathon,

Je travaillais à l’époque comme traductrice pour l’ONG Sahara Marathon. Cette organisation m’avait offert en cadeau un voyage pour l’Italie. En tant que saharaouie, pour quitter le territoire, je devais commencer la première étape de mes démarches par la représentation du Front Polisario (Consulat) puis aller à l’ambassade italienne pour déposer ma demande de visa. J’ai déposé les documents demandés à la représentation un matin et l’on m’avait demandé de repasser le soir à 19 heures pour récupérer l’autorisation.

Dans son bureau… il a abusé de moi

A 19 heures, je m’y suis rendue comme convenu avec une amie. Le concierge m’a laissé rentrer toute seule. J’ai été reçue par Brahim Ghali,  il avait la plus haute autorité. Il a commencé par vouloir marchander. En échange de l’obtention de ton visa, m’a t’il dit, « je te propose de l’argent pour des rapports sexuels ». J’ai refusé et c’est à cet instant qu’il est devenu agressif. Dans son bureau, il a abusé de moi…cela m’a semblé duré une éternité. Quand il a fini, j’étais couverte de saignements, il m’a jeté une tenue au visage en me demandant de me changer…Je suis sortie de là en pleurant. J’avais très mal, j’étais déboussolée, je suis allée me confier à ma mère.

Parler du viol avec ses proches

La première personne à qui je me suis confiée dans ma famille était ma mère. Je lui ai raconté ce qui venait de m’arrivé. Ma mère était très traditionaliste, elle m’a conseillé de me taire. Dans notre société, m’a t’elle dit, « une femme souillée ne trouvera jamais de mari », il vaut mieux pour l’instant ne rien dire. J’étais effondrée. La deuxième personne à qui je me confie est mon frère qui vivait à Cuba, celui-ci me conseille de porter plainte. Mon frère a été d’un grand soutien. Il m’a beaucoup conseillé.

Comment continuer à vivre après le viol?

Il faut savoir que dans les Camps de Tindouf, les femmes n’ont aucune considération. On nous traite comme des objets. Lorsqu’une jeune fille ou femme tombe enceinte sans être mariée, celle-ci est conduite en prison pour femmes. Au sein des camps, il existe des prisons pour femmes. A l’issue de ce viol, je n’étais pas enceinte, mais je n’avais qu’une idée en tête partir de Tindouf.

A quel moment vous décidez de porter plainte?

Il m’a fallu 3 ans pour trouver le courage et la force de porter plainte. Je devais raconter, revivre cet épisode que j’ai essayé d’occulter. J’avais réussi à quitter Tindouf. Je me suis installée en Espagne. Ma famille d’accueil a tout de suite noté des changements dans mon comportement. J’ai craqué, je leur ai raconté. Cette famille m’a encouragé aussi à porter plainte. J’ai déposé plainte auprès de la Haute Cour de justice espagnole. Une première étape de franchie.

Aujourd’hui comment allez-vous? Peut-on parler de reconstruction?

Il y a des hauts et des bas. Je suis passée par une longue  période dépressive. Aujourd’hui, je n’aborde pas encore la question de la reconstruction. Réussir à raconter ce viol m’a demandé beaucoup de force et de courage. Je veux apporter mon aide à toutes les femmes victimes de viol qui n’osent pas et qui ont peur de porter plainte.

Quelles sont les actions que vous menez?

Samedi dernier à Paris, j’ai participé par exemple à la conférence de l’AIDE Fédération. C’est une organisation non gouvernementale d’action humanitaire et d’aide au développement qui travaille avec les Nations Unies sur les réfugiés de Tindouf et qui dénonce les abus dont sont victimes les enfants et les jeunes femmes.

Plus informations

http://aide-federation.org/

@karine_oriot

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