Journée de la femme : les droits des Africaines encore trop bafoués

Le 8 mars nous célébrerons la journée internationale de lutte des femmes pour leurs droits. Cette année, le thème portera sur « Les femmes dans un monde du travail en évolution : une planète 50 – 50 d’ici 2030 ». Le monde du travail, en perpétuelle évolution, entraine des modifications importantes pour toutes les femmes de la planète mais les femmes africaines, dont les droits essentiels ne sont pas toujours respectés, luttent avec bien d’autres réalités.

Les chiffres sont édifiants. En Afrique, une femme sur trois a été victime de violences physiques et/ou sexuelles ; En 2013, les femmes et filles africaines représentaient 62% des décès imputables à la grossesse et à l’accouchement  dans le monde ; 125 millions de femmes et de filles africaines ont été mariées avant l’âge de 18 ans.

A l’occasion de cette journée de lutte, Amina a choisi de partager les conclusions d’une étude menée conjointement par l’Union Africaine, le Haut Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies et ONU Femmes. Ce rapport détaille les progrès réalisés en faveur des droits des femmes en Afrique mais pointe aussi les domaines à améliorer.

Surtout, comme l’a déclaré Mme Nkosazana Dlamini Zuma, la Commisssaire de l’Union Africaine, ce rapport, comme ceux qui suivront, a pour objectif de continuer à influencer de façon positive les politiques régissant les droits des femmes africaines.

Droits liés à la sexualité et la santé reproductive

En 2015, 66% des décès maternels avaient lieu en Afrique subsaharienne. Le Rwanda a réussi à inverser la situation: en 1990, il déplorait 1030 décès maternels sur 100 000 naissances. En 2015, ce chiffre est tombé à 390. Autre bonne nouvelle, l’Ile Maurice autorise désormais l’avortement  en cas de viol ou lorsque la grossesse présente un risque pour la vie de la femme. Malheureusement les opposants à la légalisation de l’avortement au Kenya, en Ouganda et en Sierra Leone ont encore gain de cause, ce qui provoque le décès de celles qui n’ont d’autre choix que des procédures clandestines. En 2012, plus de 47 000 femmes et filles africaines en sont mortes.

Dans de nombreux pays africains, beaucoup de femmes n’ont toujours pas le droit de disposer librement de leur corps et de choisir de donner la vie ou pas. Nombre d’entre elles donnent, sous la contrainte, leur accord pour des procédures de stérilisation alors qu’elles sont en plein travail lors de l’accouchement.

Femmes albinos, les plus discriminées

Les albinos sont victimes de discrimination, négligence et violence extrême en Afrique. En première ligne, les femmes, les enfants touchés par cette pathologie, et les mères donnant naissance à des albinos. Certaines croyances donnent un pouvoir à certaines parties du corps des personnes albinos qui se voient ainsi atrocement tuées. Ainsi, faire l’amour avec une femme albinos guérirait du sida. Utilisés dans des rituels de sorcellerie, les membres des albinos apporteraient richesse et puissance. Dans la même suite d’idées, une femme qui donne naissance à un petit albinos est coupable d’avoir trompé son mari ce qui conduit à son exclusion de la communauté puis à d’autres formes de violence et à la pauvreté. A noter que ces situations d’extrême violence contre les albinos n’ont été observées qu’en Afrique.

Violences basées sur le genre

Plus d’une Africaine sur 3 a déjà été victime de violences physiques et ou sexuelles. Le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, l’Egypte, le Lesotho, le Mali et le Niger ne prévoient toujours pas dans leur législation de protection en faveur des femmes victimes de violence conjugale.

Mariages trop précoces

Dans le monde, dix pays concentrent les plus hauts pourcentages de fillettes mariées. Neuf sont situés en Afrique ! Ces mariages précoces, violation totale des droits des femmes, contribuent à la violence  sexuelle conjugale et à la transmission d’infections comme le VIH. Sans compter que les petites filles qui  se voient ainsi refuser le droit à l’éducation, sont aussi victimes de grossesses et de maternités précoces avant qu’elles ne soient ni physiologiquement ni physiquement prêtes. Seulement cinq pays africains interdisent formellement et  légalement ces unions.

Mutilations génitales féminines

Les statistiques montrent que ces actes, assimilés à de la torture, sont en recul dans les pays ayant édicté des lois punissant ceux qui en sont responsables. Au Sénégal par exemple la fréquence des MGF est passée de 28% en 2005 à 25% en 2014.

Droits économiques

 Plusieurs pays encouragent la participation économique des femmes. Depuis 2008, le Ministère de l’Agriculture du Burkina Faso fournit gratuitement aux producteurs des semences améliorées et des fertilisants. Des semences de niébé sont ainsi distribuées aux femmes en zone rurale. En Ethiopie, 60 % des femmes en zone rurale possèdent leur propre terre. En 2013, le Rwanda a adopté une loi garantissant aux femmes les mêmes droits que les hommes en matière d’accès à la terre, de possession et d’utilisation.

Lois discriminantes envers les femmes

Malgré le fait que plusieurs Etats aient modifié ou aboli les lois discriminant les femmes, en réalité, une ségrégation persiste. C’est par exemple le cas dans les pays pénalisant l’adultère. Les femmes sont soit les seules punies ou alors, elles sont plus sévèrement sanctionnées que les hommes. Les mesures discriminatoires persistent aussi dans les domaines familiaux, civils, ou encore dans les lois régissant le commerce et le travail.

Femmes en prison

Les Africaines font face à de plus hauts taux d’emprisonnement que les hommes pour des crimes non violents. En outre les prisons et le système carcéral en Afrique ont été conçus pour les hommes. En conséquence, les geôles n’offrent pas de services qui s’adressent directement aux femmes comme le planning familial, les soins psychiatriques réservés aux victimes d’abus sexuels et physiques. Le Kenya a pour sa part introduit dans une de ses prisons pour femmes un Programme pour Parents éloignés afin de minimiser l’impact de la prison dans la vie des familles tout en augmentant les chances d’une réintégration réussie à la sortie.

@Kadidiatou Bah

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