Togo : Gogoligo se mobilise pour la paix et le dialogue

Komi Mawulikplimi, dit GOGOLIGO, est un des jeunes humoristes togolais les plus connus et talentueux de sa génération. Face à la discorde qui menace le Togo, Gogoligo, l’artiste au grand cœur, se mobilise et porte haut la voix pour l’unité du pays. Véritable icône de la jeunesse togolaise, il revient sur son parcours scénique, sur sa vision du Togo, sans oublier de parler des femmes qui sont si chères à son cœur. Profitant de la tribune que lui offre AMINA, Gogoligo a choisi de présenter son dernier spectacle, un One-Man-Show intitulé « La Thérapie du Rire » ainsi que son ONG, l’AJCTM, une structure d’action auprès des malades et des enfants. Parce que l’humour, le rire et l’amour sont la clé de l’entente et de la conciliation, Gogoligo se retrousse les manches et rentre en scène d’un pied ferme pour la paix au Togo !

Gogoligo,  d’où vient votre nom de scène ?

C’est un nom que l’on m’a donné au collège un jour où j’essayais de raconter quelque chose sur un homme qui s’appelait « Gogoligo », ce qui signifie en notre langue mina que « l’homme est nu ». J’ai positivé le nom. Tu dois accepter d’être nu avant que l’on puisse t’aider à te vêtir. Ce qui signifie que l’on ne cesse jamais d’apprendre… Depuis la classe de 3ème, c’est Gogoligo qui est resté.

« Mon cœur est toujours à prendre ! »

 

Pour mieux vous connaître, parlez-nous un peu de votre famille…

Mon Papa est un polygame et nous sommes beaucoup ! Il a eu trois filles avec ma maman et puis moi qui suis le seul garçon et le benjamin. Mon papa a plus de quarante-huit enfants et treize femmes. Personnellement, j’ai déjà deux enfants même si je ne suis pas encore marié. Mon cœur est toujours à prendre !

Qui est vraiment Gogoligo ?

C’est un jeune qui vient de Kpalimé , une ville à 120 kms de Lomé. Je suis né le 12 avril 1980. La comédie, je l’ai sucée dès le sein de ma mère car, depuis le cours primaire, j’ai essayé de raconter des histoires en langue locale durant les semaines culturelles et les gens appréciaient. Arrivé au CEG, je suis rentré au Club Unesco en tant qu’animateur principal, puis au sein d’une troupe théâtrale où j’avais là encore le premier rôle. Je me déguisais souvent et le masquais. J’essayai d’imiter un grand comédien du Togo qui s’appelait Azekokovivina et j’essayais de me mettre dans sa peau, ce qui fait que les gens m’appréciaient beaucoup !

Comment est venu le succès ?

Au cours d’une semaine culturelle, au collège protestant de Kpalimé, les organisateurs m’avaient appelé pour venir animer. C’est là que la radio Canal+ de Kpalimé m’a demandé d’animer une émission de 30minutes le week-end. J’ai commencé et cela a bien marché, puis j’ai formé mon groupe là-bas entre 1997 et 1998. Par la suite, PSI Togo était venu travailler avec moi, et j’ai été nommé le meilleur puéri-éducateur en milieu scolaire en 2002. En ce moment j’étais au lycée et j’étais venu animer avec le chanteur de Zouk Thierry Cham et Jacky Rapon à Lomé au Palais des Congrès dans le cadre d’un programme de lutte contre le sida en milieu scolaire. Vu ma prestation, la chaine de télé TV7 m’a demandé de venir chaque fin du mois pour animer une émission qui s’appelait « Festival » et c’est cela qui a fait ma popularité. En 2003, j’ai rencontré un grand humoriste Gbadamassi et on a fait un duo. On faisait chaque jour une émission à la TVT de 5 minutes qui s’appelait « Midi délices ». Puis on a commencé à jouer une série de 26 minutes à la télé.

l'humoriste Gogoligo se mobilise pour le Togo - © 2017 Photo Benjamin Reverdit
Gogoligo à Lomé – © 2017 Photo Benjamin Reverdit

Vous êtes toujours fâché avec votre complice Gbadamassi?

Non, nous nous sommes réconciliés même si chacun de nous continue sa carrière en solo. Après une zone de turbulences qui arrive toujours lorsqu’on travaille ensemble, chacun a pris sur soi et – Dieu aidant – on a eu le courage de stopper cela au plus vite et de tourner la page. Maintenant, on s’appelle, on s’écoute, on se voit… S’il a un conseil à me demander, il m’appelle et je lui réponds et inversement. Alors qu’à une époque on ne se parlait même plus. Mais grâce à certains amis communs comme Emmanuel Adébayor, la star du foot, on s’est revu et c’est déjà un grand pas. Ce pourrait être un exemple de réconciliation et de pardon pour le Togo.

D’où vient votre inspiration d’humoriste ?

Dans tout ce qui se passe chaque jour, dans l’actualité et dans la vie quotidienne. On avait eu la chance en 2008 de représenter le Togo au Mali et on a remporté le trophée de « meilleure production artistique ». En 2009, Canal + nous avait sollicité pour la série « Zem » que l’on avait tournée, puis j’ai été sollicité seul pour tourner la série « Palabres ». C’est comme cela que je suis parti faire une tournée américaine, puis une tournée européenne. Si vous allez sur You Tube, vous verrez mes prestations et le spectacle que je fais chaque fin d’année. Les gens y ont pris goût. C’est la 5ème édition cette année et j’ai voulu faire cela au stade Omnisport de Lomé fin novembre. Le spectacle s’appelle la « Thérapie du rire » où je fais un « One Man show », dans lequel j’invite aussi les humoristes internationaux. Par exemple cette année, il y aura le Gabonais Omar Defunzu, l’Ivoirien Le Magnifik et le Camerounais Edoudoua Non glacé, avec bien sûr la crème de la comédie togolaise comme chaque année.

20171123 - Gogoligo - La Thérapie du Rire (3)
Gogoligo présente son dernier spectacle, « La Thérapie du Rire »

C’est donc une vraie dynamique panafricaine…

Je fais ce que je peux (rire !), On tend vers l’excellence. J’étais récemment au « One Man show » de « Agalawal » d’Abidjan au Palais de la culture. C’est sur You Tube aussi. Ma vision panafricaine est très liée à l’unité et au fait que les gens doivent être soudés pour avancer ensemble. C’est cela pour moi l’importance du brassage culturel, tu apprends de quelqu’un et il apprend de toi. On cherche à mieux se comprendre et à se soutenir, pour moi c’est cela le panafricanisme.

« L’intérêt de la Nation doit être au-dessus de tout »

 

Quelle place doit-on accorder aujourd’hui au dialogue et à la discussion au Togo ?

Quelles que soient nos divergences politiques, l’intérêt de la Nation doit être au-dessus de tout. Si le pays est calme, les artistes peuvent travailler et tout le monde peut faire son boulot tranquillement. Nos mamans peuvent aller au marché, les taximens circulent et tous les fonctionnaires peuvent travailler pour le pays. Au Togo, tout le monde est bien au courant de ce qui se passe, tout le monde veut la paix et certains souhaitent l’alternance, mais cela doit se faire dans la paix et le dialogue, pas dans la violence. La classe politique doit s’assoir pour parler et trouver un consensus. Car toutes les vies humaines perdues sont une vraie tragédie pour le pays, qu’elles soient du côté de la population ou des forces de l’ordre.

Comment peut-on parvenir au consensus ?

Pour parvenir au consensus, il y faut suivre la loi. Le président de la République a été élu démocratiquement. Il faut faire les choses conformément à la loi qui régit la République, voilà mon humble avis. Il faut mener les réformes jusqu’au bout et  aller au référendum, comme la loi nous le dit. C’est pourquoi les hommes politiques – qu’ils soient du pouvoir comme de l’opposition – doivent s’entendre pour l’amour qu’ils ont pour leur pays. Ils doivent laisser leurs appartenances politiques de côté et penser d’abord à la Nation, car le Togo aime tous ses enfants.

« Méfions-nous des manipulations politiques »

Quel message adresser à ceux qui sont dans l’incompréhension et qui n’entendent pas les appels au calme ?

Je demande à tous mes concitoyens d’éviter les manipulations politiques parce que cela peut conduire à une guerre civile. Méfions-nous de ce que l’on raconte pour nous tromper ! On dit « celui-ci a dit ceci » ou « celui-là a dit cela » Il y a même des gens qui marchent et ne savent pas pourquoi ils marchent. Parce qu’ils n’ont pas l’information et qu’ils font du suivisme. Ils sont comme hypnotisés et n’ont pas conscience que par ces actions ils portent de graves atteintes à l’image du pays à l’international, car le monde entier est en train de nous suivre. Or, on a vu ce qui s’est passé chez nos voisins, au Mali, au Burkina Faso ou en Côte d’Ivoire où tous leurs réfugiés sont venus chez nous et qui jusqu’à présent, pour beaucoup, sont en souffrance et ne sont pas encore repartis. Et nous ?? Si l’on fait pareil, on va aller où ?? On va aller chez eux ? Pour éviter ce drame, on doit penser à nos mamans, à nos sœurs à nos enfants, à nos papas et tous ceux que nous aimons. Car d’abord il s’agit de notre pays, c’est pour nous et on doit forcément s’assoir pour discuter dans la paix.

Que peuvent faire les femmes et les mamans ?

Les mamans sont la source de tout. Une mère peut parler à son mari dans la chambre et à ses enfants dès le petit matin, pour les conscientiser du grand drame qui nous menace, que nous ne voyons pas et que nous ne voulons pas ! Il n’y a qu’à considérer les cas des autres pays et les conséquences que cela a engendrées pour nous ressaisir au plus vite pour préserver notre petite paix qui est pourtant si précieuse. Une mère sait comment ramener tout le monde, son mari comme ses enfants, à la maison. Une femme en général et une épouse en particulier, c’est quelqu’un qui peut te calmer, te comprendre et donc t’amener à la raison, c’est le meilleur équilibre de l’homme.

l'humoriste Gogoligo se mobilise pour le Togo - © 2017 Photo Benjamin Reverdit
Gogoligo à Lomé – © 2017 Photo Benjamin Reverdit

« Si le pays retrouve son calme, nos mamans pourront retourner tranquillement au marché »

 

Quels pourraient être les gestes d’ouverture des dirigeants pour rétablir les discussions et ramener l’opposition au dialogue ?

Là où nous en sommes arrivés, le président de la République doit parler et faire un discours pour rassurer le pays et la population car ce n’est pas tout le monde qui s’oppose. Il y a deux camps. Il doit rassurer tout le monde car c’est lui le Papa  de tous les Togolais. Il faut qu’ils puissent les mettre en confiance pour que l’on puisse aller au référendum. L’essentiel, en ce moment, c’est de rassurer tous les Togolais.

Est-ce que l’on peut dire que la population togolaise est fatiguée des troubles politiques dans le pays ?

Oui bien sûr, car qui peut se réjouir de la peur, de la chute des activités et du déclin économique ? Dans tous les pays, il y a la gauche et il y a la droite. Il y a le parti au pouvoir et puis l’opposition, et quel que soit le travail accompli, il y aura toujours quelqu’un qui sera contre ce qui est fait. En cas d’affrontement dans les rues, la population est toujours prise en otages par les manifestations qui dégénèrent. C’est pourquoi les affrontements politiques doivent se mener dans les parlements et dans les hémicycles qui sont faits pour cela.

« Nous sommes la voix des sans voix »

 

Quel peut être le rôle des artistes comme vous ?

Dans cette crise que connaît le pays, nous autre les artistes, nous sommes la voix des sans voix. De tout le peuple, de toute la Nation. Il serait préférable que l’on puisse faire des petits sketchs pour dire non à la violence et faire passer des messages de paix. On l’avait fait dans le passé et cela a porté des fruits. Mais il faut y mettre quelques moyens et trouver des blagues éducatives qui font rire. À travers le rire, on peut tout faire, faire passer la vérité sous forme d’humour et désamorcer la crise. La voix de l’humoriste est parfois plus porteuse et écoutée que celle de l’autorité.

Est-ce qu’être jeune aujourd’hui au Togo, c’est avoir la chance de pouvoir entreprendre de grandes choses ?

C’est  d’avoir une Grâce même, car nous avons la paix. Comme je le dis souvent, ce n’est pas parce que tu as des griefs à l’encontre de quelqu’un, que s’il met un sac de sucre dans ta bouillie, tu vas dire que ce n’est pas sucré. Il y a ceux qui crient fort quand cela ne va pas, mais dès que cela va mieux il faut le reconnaitre aussi. Tous ceux qui marchent ne disent pas que le gouvernement ne fait rien, ils doivent trouver à dire autre chose, car tout le monde est conscient que le Togo a changé que le pays est sur la voie du développement économique, avec notamment la construction des routes et de l’aéroport, avec les réorganisations dans la fonction publique et dans la diminution de la corruption, et nous sommes conscients de cela. Ne gâchons pas cet acquis pour notre pays.

l'humoriste Gogoligo se mobilise pour le Togo - © 2017 Photo Benjamin Reverdit
Gogoligo à Lomé  – © 2017 Photo Benjamin Reverdit

Qu’est ce qui est menacé aujourd’hui au Togo ?

C’est la paix justement que l’on a ici, car tout le monde a confiance au Togo. Si cela chauffe un peu quelque part, les gens viennent ici, car le Togolais est serviable, gentil et accueillant. C’est cette force-là qui aujourd’hui est en jeu ! C’est pourquoi nous devons oublier nos divergences politiques pour privilégier l’intérêt supérieur de la Nation.

« À travers le rire et l’humour, on peut désamorcer la crise »

 

Peut-on dire que Gogoligo se mobilise pour la paix au Togo ?

Oui, bien sûr. Je voudrais tout d’abord présenter mes sincères condoléances aux victimes des deux bords et un prompt rétablissement aux blessés. J’invite tout le monde à une petite retenue, à se comprendre et à s’asseoir pour discuter. On se gâche à se combattre. Ce qui se passe, je le répète, ce sont des manipulations politiques qui peuvent nous mener à la guerre civile. Nous sommes vu par le monde entier et il ne faut pas que l’on puisse permettre aux gens qui sont peut-être dans des chambres climatisées en train de boire du champagne et des jus de fruits et qui ont très intérêt à ce que le Togo soit divisé, à pousser les jeunes dans les rues pour faire leur « sale boulot » en risquant leur vie. Nous les jeunes, on a tout à y perdre et rien à y gagner, mais eux, ils ont sûrement des choses à gagner la dedans. À nous de penser et à faire attention, et à nous dire que ces mauvaises actions ne peuvent profiter qu’a des vilains qui attendent tranquillement derrière. Sinon, personne ne pourrait encourager à la violence car si on voit bien comment cela commence, on ne sait jamais comment cela finit !

Vous avez aussi une réelle action sociale auprès des jeunes et des malades…

J’ai en effet créé depuis 2013 une petite ONG qui s’occupe des malades et plus particulièrement des enfants. Nous allons ainsi dans tous les hôpitaux du Togo pour faire de petites prestations et remonter le moral des enfants malades, pour leur redonner de la joie et de l’espoir. C’est très beau à voir ! Cette structure n’a pas beaucoup de moyens, mais on profite de nos grands spectacles et concerts pour lui reverser quelque chose qui puisse permettre d’acheter des médicaments, des fournitures scolaires et des produits de première nécessité comme du savon ou des détergents. C’est l’AJCTM, l’Association de la Jeunesse Consciente pour un Togo Meilleur et, là, il y a pas mal de boulot !

20171108 - Gogoligo - Don de AJCTM
L’ONG « Association de la Jeunesse Consciente pour un Togo Meilleur » et Gogoligo offrent des livres et des fournitures scolaires aux enfants de la bibliothèque de Kpalimé.

Par Benjamin Reverdit

 

Découvrez les vidéos de l’ONG-AJCTM dans la ville de Kpalimé

 

 

Découvrez également à Lomé la 5ème édition du Festival International de la « Thérapie du Rire » !

 

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