Entretien avec la youtubeuse Persev’Hair – « J’avais la conviction que les beaux et longs cheveux n’étaient réservés qu’aux métisses ou afro-américaines »

persevhair
Apprendre à aimer ses cheveux à l’état naturel et à les entretenir, c’est ce qui a poussé Doris à devenir youtubeuse beauté en 2016. Connue sous le pseudonyme de Persev’Hair, cette jeune femme d’origine ghanéenne, habitant à Lausanne en Suisse, fait profiter aux autres de ses expériences capillaires et prouve que les cheveux crépus ont un fort potentiel. Entretien.
Vous êtes entrée officiellement dans le monde des youtubeuses beauté en 2016. Qu’est-ce qui vous a attiré dans cet univers ?

Comment apprendre à aimer nos cheveux dénaturés chimiquement dès notre plus jeune âge et ayant causé tant de souffrance à chaque démêlage ou tressage par des adultes ignorants, brusques, prétextant qu’ils étaient incoiffables et imprésentables à l’état naturel ?

Mes cheveux ont subi toutes sortes de maltraitance et étaient très abîmés depuis des années. Noyée dans les préjugés à l’égard de ma texture, j’avais la conviction que les beaux et longs cheveux n’étaient réservés qu’aux métisses ou afro-américaines jusqu’à ce que je découvre l’évolution capillaire de youtubeuses francophones en qui j’ai pu m’identifier. Après de multiples recherches (biologie, méthodes d’entretien, etc.), de la théorie je suis passée à la pratique. Mon entourage, en voyant les résultats rapides dès 4 mois, ainsi que mon plaisir à en parler, m’a encouragée à me lancer dans cet univers.

Vous prônez le cheveu naturel, comme de nombreuses femmes noires aujourd’hui. Le mouvement nappy a-t-il une part d’influence sur vous ?

« Nappy » est la combinaison entre « Natural & Happy » et je le suis. Cependant, loin de moi l’association à toutes formes d’extrémisme. Cheveux défrisés, naturels, avec rajouts, peu m’importe. J’ai pour objectif d’informer et influencer positivement un maximum de personnes en les amenant à une prise de conscience de notre potentiel génétique. Et ce, avec beaucoup de légèreté, humour et respect du choix d’autrui.

Travaillant dans le milieu de la petite enfance, j’ai été attristée de voir des fillettes victimes d’alopécie et cheveux cassés dû aux produits chimiques ou coiffures trop serrées. À mon sens, il serait bénéfique de laisser la chance aux enfants d’apprendre à connaître, aimer et entretenir leurs cheveux jusqu’à leur majorité puis libre à chacun de faire ce que bon lui semble. Il y a tellement de facteurs influençant la santé du cheveu que l’entretien quotidien n’est pas toujours évident.

On peut donc dire que, oui, grâce au mouvement Nappy, j’ai appris à « transitionner », gérer mes deux textures (repousses et pointes défrisées) pour un passage au naturel en douceur. Ma mère qui était sceptique face à mon changement est aussi passée au naturel par la suite. J’en suis très fière.

Quelles sont les qualités d’une bonne youtubeuse, selon vous ?

L’authenticité, l’honnêteté, la créativité, l’humilité, l’accessibilité, la constance, le soin dans la présentation, la pertinence des sujets, la capacité d’organisation.

Quel est le quotidien d’une youtubeuse ? Comment vous organisez-vous pour vos vidéos et le choix de vos sujets ?

Je pense que chaque Youtubeuse le gère à sa manière en fonction de ses priorités, de sa vie professionnelle, privée et son audience. Cette activité prend beaucoup de temps. Ayant été insomniaque pendant plusieurs années, à mes débuts, travailler mes vidéos de nuit m’a été d’une grande aide niveau gain de temps. Maintenant que je vis de gros changements personnels, tenir le rythme dans les vidéos et interactions sur les réseaux sociaux est beaucoup plus compliqué. J’apprends et me réajuste en fonction de mon nouveau mode de vie.

Pour le choix des sujets, j’ai une liste basée sur les questionnements des internautes ou les miens ainsi que mes diverses expériences capillaires.

Souhaitez-vous en faire votre métier ? Qu’attendez-vous de cette activité ?

Pour l’instant, j’ai d’autres priorités. Dans le futur, je compte bien développer des activités en lien avec Persev’Hair et vous en informerai en temps voulu.

Quels sont vos pires et meilleurs souvenirs dans cette activité ?

Les meilleurs:

  • la bienveillance des personnes qui m’ont contactée par message ou, à ma grande surprise, m’ayant reconnu dans la rue et à des événements
  • l’excitation, la joie et la satisfaction à la création de mes dernières vidéos alliant cheveux et humour

Les pires:

  • l’auto-pression liée aux échéances des publications de vidéos et la crainte de décevoir ou déplaire
  • La frustration lorsqu’un selfie avait plus d’impact qu’une vidéo ou que l’on me posait des questions en commentaires dont les réponses figuraient dans la publication

Heureusement, j’ai peu à peu réussi à tempérer ce stress et suis reconnaissante pour votre gentillesse, votre soutien, tous ces échanges et vos encouragements. Un grand merci à tous.

Afro puff

N’est-ce pas pesant de faire attention à son image ?

Oooh que oui! La société et les réseaux sociaux nous mettent une grande pression sur l’apparence. Un écart peut nous décrédibiliser, générer de la moquerie. Je ne suis pas de nature à être sur mon 31 tous les jours et j’ai constaté à mon grand désespoir que c’est souvent lorsque nous ne sommes pas au top de notre forme que l’on croise du monde (rire). Je m’apprête au gré des mes envies, mon humeur, mon temps ou mon énergie. Alors j’ai décidé de lâcher prise.

Que conseilleriez-vous aux filles et femmes qui souhaitent se lancer dans cette activité ?

Lancez-vous! Renseignements, organisation, définition des priorités et rigueur. Sur youtube et internet, vous trouverez plein d’informations pour débuter (matériel, programmes de montages photos/vidéos, etc). Inspirez-vous des Youtubeuses qui vous plaisent. N’hésitez pas à les contacter si vous avez des questions. Certaines sont plus accessibles ou disponibles que d’autres et se feront un plaisir de vous aider/encourager. Il se peut que parfois les résultats ne soient pas à la hauteur de vos espérances. Ne baissez pas les bras. La « Persev’hairance » est la clé!

Propos recueillis par Céline Bernath

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