Entretien avec SeBa, une artiste qui porte haut ses traditions

Traditions, authenticité, tolérance et amour, sont autant de mots qui décrivent l’univers musical de SeBa. Née à Koula-Moutou, au Gabon, la chanteuse-auteur-compositrice s’est lancée en solo après une carrière de choriste dans différents collectifs, mais aussi pour l’emblématique Pierre Akendengué. Avec son nouvel album Kundu, elle offre à son public un mélange subtil entre racines et modernité. Elle affirme son attachement et son amour pour l’Afrique en y chantant dans différentes langues de son pays. Elle le présentera au public gabonais le 12 mai à l’Institut Français de Libreville.  Entretien.
Vous avez été baignée dans la culture Nzebi depuis votre plus jeune âge. Celle-ci a largement influencé votre parcours musical n’est-ce pas ?

J’ai grandi avec ma grand-mère qui était une Nzebi et j’ai été influencée par cette culture. Depuis toute petite, c’était naturel de chanter dans le cadre de ces traditions, notamment durant les deuils et les mariages. Dans cette culture, il y a beaucoup de percussions et des chants de femmes. Cela a d’ailleurs toujours un effet thérapeutique pour moi. Au fur et à mesure, en sortant de mon cocon familial, j’ai aussi vu d’autres musiques comme celle du Congo, mais aussi au-delà du continent, comme Michael Jackson.

Vous avez commencé par chanter dans des chorales. Comment vous est venu le déclic de vous lancer en solo ?

J’ai chanté une bonne partie de ma vie dans des chorales. J’ai intégré différents groupes et notamment la chorale Tuscolana de Frascati qui se produit à l’auditorium du Vatican. Sortir mon album n’était pas programmé. Quand j’ai commencé à écrire mes propres chansons, les gens autour de moi m’ont motivée. J’ai commencé avec des maxi singles. Je me suis reconnue là-dedans et j’ai décidé de faire ma carrière solo, car je sais que j’ai beaucoup à partager avec mon public. Au début, j’ai eu un peu peur, mais le public me le rend bien. J’ai bien l’intention de continuer dans cette voie et de promouvoir la musique de mon pays.

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La valorisation des traditions africaines est importante pour vous. Pourquoi ?

Je suis Africaine et je pense que l’Afrique à beaucoup à faire connaître. C’est à nous de valoriser le continent. L’Afrique a de beaux jours devant elle et il faut poursuivre le travail fait par les anciens. C’est un point important pour moi, dans tout ce que j’entreprends d’ailleurs.

Comment décrire en quelques mots votre album Kundu ?

C’est un album dans lequel je me retrouve. Je me suis occupée de la direction artistique, de l’harmonie des coeurs, des musiques. J’ai écrit les textes par rapport à mon vécu.  J’y passe des messages de tous les jours, comme la tolérance. On ne peut pas être indifférent à tout ce qu’il se passe dans le monde. Je traite des faits d’actualité comme le terrorisme, l’immigration, l’amour également, qui est la source de l’existence.

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Ce qui vous distingue des autres artistes ?

Je n’ai pas l’intention de me définir différente des autres artistes au Gabon. Ceux qui sont venus avant moi ont apporté leur pierre à l’édifice. Ma musique est une continuité de ce qui a été fait. Et je souhaite que la musique gabonaise se fasse connaître. En Afrique centrale, on a une musique très riche. Au Gabon, il y a une cinquantaine d’ethnie et donc une vaste richesse culturelle.

Vous qui êtes portée sur les traditions, que pensez-vous de la musique actuelle africaine ?

Je pense qu’il serait dommage d’enterrer nos musiques traditionnelles. Il y a un public qui attend l’authenticité. Les musiques actuelles qui nous font danser manquent un peu d’originalité. Mon idée est de prendre les musiques traditionnelles et de les mélanger aux musiques du monde.

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Etre artiste au Gabon, c’est facile ?

Non, ce n’est pas du tout évident d’être artiste au Gabon. C’est un plaisir, mais on n’a pas ce qu’il faut pour nous épanouir dans nos activités. Il y a notamment des problèmes de droit d’auteur. On souhaite que cela s’améliore avec des aides de structures. Mais il y a un manque d’intérêt des gouvernants. Pourtant, la musique c’est une mine d’or. Et ce qu’il manque c’est la promotion et la visibilité au niveau international.

Passons à notre questionnaire !

Votre expression africaine préférée ?

« Be Na Nio », c’est une expression d’étonnement en Nzebi.

Votre plat africain ?

Le poisson salé aux légumes et le Ndolé.

Quand je vous dis artiste africain, à qui pensez-vous ?

Il y en a plusieurs. Mais spontanément, je dirais Pierre Akendengué, figure emblématique de la musique gabonaise

La femme africaine que vous admirez le plus ?

Ma grand-mère, pour tout ce qu’elle représente. C’est un attachement indescriptible.

Votre message aux femmes africaines ?

La femme a toujours été au centre du développement de l’Afrique. Je leur dirais de continuer avec cette envie de porter haut leur patrie, mais aussi l’Afrique pour valoriser ce continent comme il le mérite. Il est important de s’unir et de continuer à se faire confiance car la femme fait partie du développement de l’Afrique.

Par Céline Bernath

 

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