Ebonee Davis, le mannequin qui milite contre le racisme ambiant dans l’industrie de la mode

C’est en 2011 qu’Ebonee Davis, 23 ans, commence sa carrière dans le mannequinat après avoir répondu à une annonce dans la ville de Seattle, aux Etats-Unis. En 2012, elle participe à la 18ème saison de l’émission America’s Next Top Model, où elle finit dans le top 5. Depuis, elle accomplit une belle carrière, en apparaissant notamment dans le magazine Sports Illustrated, en étant une des égéries de Calvin Klein et en posant pour des photographes renommés comme David Belle. Mais depuis 2016, c’est surtout pour son action militante contre le racisme persistant dans l’industrie de la mode, que la belle Ebonee Davis s’est fait remarquer.

L’industrie de la mode est un univers calfeutré  où les carrières se font et se défont au gré de la puissance des réseaux. Malgré les carrières fulgurantes de légendes, telles que Naomi Campbell, Iman Bowie, Liya Kebede ou encore la regrettée Katoucha Niane, les mentalités n’ont guère évolué lorsqu’il s’agit des mannequins à la peau noire. Aujourd’hui, ces mannequins refusent d’être bâillonnée au seul risque de voir s’envoler une hypothétique gloire. Nykhor Paul, Ajak Deng, Aamito Lagum entre autres, ont dénoncé haut et fort les discriminations dont elles ont été victimes. Ebonee Davis elle aussi se révolte. Dans une lettre ouverte parue en juillet 2016, elle met en lumière le manque de diversité dans cet univers. Elle s’y insurge contre l’incapacité notoire de l’industrie à mettre en valeur les modèles noirs.

Une industrie « incompétente »

Aujourd’hui, parallèlement à sa carrière, Ebonee Davis sillonne les Etats-Unis, afin de donner des conférences dans les universités afin de sensibiliser sur ce sujet. Dans une de ces conférences, adressée à l’université du Nevada, Ebonee Davis revient sur de nombreuses anecdotes révoltantes, qui ont jalonné sa carrière. Elle relate par exemple son expérience avec les directeurs de casting, pour lesquels il est  impossible d’être belle et « juste » noire, associant une beauté non blanche à un métissage à quelque degré que ce soit : « Vous êtes si belle, vous devez forcément être métissée. » Après avoir fait des recherches, elle se rend compte que quasiment chaque agence compte dans ses rangs 4 à 5 modèles noirs au grand maximum. Et encore ces dernières se doivent d’être « originales » car contrairement à leurs collègues caucasiennes, il est impossible pour une agence de proposer à leurs clients des noires « trop communes ». En signe de protestation, elle arrête de se lisser les cheveux et décide de travailler avec ses cheveux naturels, mais se confronte au manque de connaissances des coiffeurs en coulisses. Elle est aussi priée de se tenir loin des magazines destinés à la population noire, afin de ne pas être étiquetée « modèle urbain », sous peine de perdre de la valeur. Une aberration pour elle.

Une culture du silence

Quant au silence des mannequins noirs face à de telles injustices, elle l’explique par la peur de perdre des contrats, et d’être labellisée « fille noire en colère ». A ce propos, on leur fait souvent remarquer qu’elles devraient juste de se réjouir de travailler, ce qui est rare pour un mannequin noir. Mais n’y tenant plus, Ebonee décide de ne plus se taire et publie cette lettre ouverte. Un geste qui est plutôt bien accueilli y compris par les professionnels de la mode. Le directeur de Calvin Klein la félicite et reconduit son contrat. Elle reçoit aussi les remerciements et les encouragements de nombreuses jeunes filles, mannequins ou non, pour avoir osé parler.

Ebonee Davis estime que l’univers de la mode à une responsabilité quant à la diffusion des stéréotypes. C’est une industrie qui a une forte influence et qui dicte à la société ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. « Il n’est plus acceptable pour nous de se délecter de la culture noire, sans égard pour les luttes de la communauté noire. »s’est-elle exclamée.

Auzouhat Gnaoré

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